lundi 24 octobre 2016

Léon-Gontran Damas, Elie Stephenson


Les mangue fraîchement cueillies dans ton jardin (mûres en dessert ou légèrement vertes en salade) qu'on te fait goûter dans la cuisine. Tu profites du premier jour des vacances pour découvrir la poésie de Léon-Gontran Damas et Elie Stephenson. 

dimanche 14 août 2016

Dans l'intimité du poème, Présences à Frontenay édition 2016, Sabine Huynh, Deborah Heissler.

Sabine Huynh et Deborah Heissler

Sabine Huynh et Deborah Heissler

Yves Bonnefoy, Sabine Huynh et Deborah Heissler


Dans l'intimité du poème, lecture à la carte et sur demande 
de l'anthologie Le sage et la puie. Présences à Frontenay (2016)
Photos : Jean-Claude Terrier et Sabine Huynh.

mercredi 10 août 2016

Kvar lo | Sabine Huynh | Caroline François-Rubino

Prendre en main le recueil de Sabine Huynh, l'ouvrir, laisser dans un premier temps son regard parcourir les encres de Caroline François-Rubino, pour se deman-der enfin ce que nous mettons en jeu quand nous partons à la rencontre d’une pensée de la forme qui ne se laisse pas réduire à l’achèvement de l’œuvre précisé-ment.

Quelle est donc cette langue qui travaille en creux les poèmes au sein du recueil ? Tout autre avec ce qui reste à construire, alors que l’écriture invente les figures où l’indicible prendra forme (« flot incessant en toi / qui te lave, te réveille ») ou bien affaire de langage, alors même que l’indicible – touchant à la différence irréductible au cœur du langage –, vient buter sur la disparition d’une parole fondatrice (« Tu es née d’un ventre / près d’un fleuve rouge / qu’aucune mélopée / ne faisait plus vibrer ») ?

Kvar lo, ce « déjà plus », ce que tu as appris et qui se dérobe « Langue de lait tournée / sans issue dans la bouche ». 

Venue au monde sans mémoire, c’est bien « Au fond de [l]a gorge [de la narratrice] / [que] parfois [alors] des murs / se veulent horizon / avant le voyage » et c’est aussi en amont de cette expérience, plus particulièrement, que Sabine Huynh interroge les failles d’une langue qui sans cesse « fourche », « bégaye », « barbelée » après s’être montrée à chaque instant, dans chaque mot tracé, si singulière. A l’image même d’un objet non unifiable, Kvar lo interroge les images qui se sont nouées autour du deuil de l’origine, il invite à un voyage à travers une langue « introuvable ». 

On s’y interroge ainsi sur l’équivoque d’une représentation portée par le « maëlstrom d’un temps / révolu étourdit / […] entre toi et là / […] entre le verbe et toi / ». A travers ses poèmes, c’est le rapport entre langue, langage et culture, que Sabine Huynh parcourt ainsi, au travers de l’éventail des choix possibles, de la nécessité à l’évasion, dépliant « le manque [qui] forge l’absence / interroge[ant] les creux / l’indécence de l’existence / for[ant] avec insistance / jusqu’à la cassure / [le…] fantasme de foyer / linguistique ».

Kvar lo de Sabine Huynh, avec des encres de Caroline François-Rubino et une postface de Philippe Rahmy-Wolff, publié aux éditions Æncrages & Co dans la collection "Ecri(pein)dre", 2016.

dimanche 10 juillet 2016

Sorrowful Songs | Deborah Heissler | Peter Maslow


"Sorrowful Songs" (2015), with drawings by Peter Maslow and a preface by Claude Chambard, published by Æncrages & Co.




"Symphony of Sorrowful Songs" (1976) music by Polish composer Henryk Górecki
DEUTSCHE STAATSOPER UNTER DEN LINDEN, BERLIN (2010)

vendredi 1 juillet 2016

Yves Bonnefoy l 24 juin 1923 - 1er juillet 2016

Mes amis, mes aimées,
Je vous lègue les dons que vous me fîtes,
Cette terre proche du ciel, unie à lui
Par ces mains innombrables, l'horizon.
Je vous lègue le feu que nous regardions
Brûler dans la fumée des feuilles sèches
Qu'un jardinier de l'invisible avait poussées
Contre un des murs de la maison perdue.
Je vous lègue ces eaux qui semblent dire
Au creux, dans l'invisible, du ravin
Qu'est oracle le rien qu'elles charrient
Et promesse l'oracle. Je vous lègue
Avec son peu de braise
Cette cendre entassé dans l'âtre éteint,
Je vous lègue la déchirure des rideaux,
Les fenêtres qui battent,
L'oiseau qui resta pris dans la maison fermée.

Qu'ai-je à léguer ? Ce que j'ai désiré,
La pierre chaude d'un seuil sous le pied nu,
L'été debout, en ses ondées soudaines,
Le dieu en nous que nous n'aurons pas eu.
J'ai à léguer quelques photographies,
Sur l'une d'elles,
Tu passes près d'une statue qui fut,
Jeune femme avec son enfant rentrant riante
Dans l'averse soudaine de ce jour-là,
Notre signe mutuel de reconnaissance
Et, dans la maison vide, notre bien
Qui reste auprès de nous, à présent, dans l'attente
De notre besoin d'elle au dernier jour.

Ensemble encore, suivi de Perambulans in noctem, Mercure de France, 2016, p.19-20.



mercredi 29 juin 2016

Eaux troubles, Eaux calmes l Exposition


Sont présentées à la Fondation François Schneider jusqu'au 11 septembre 2016, les oeuvres de Hiroshi Sugimoto • Lucien Clergue • Harry Gruyaert • Martin Parr • Mazaccio & Drowilal • Jean Gaumy • Naoya Hatakeyama • Brian Griffin • Arno Rafael Minkkinen • Philippe Chancel • Alain Willaume • Gonzalo Lebrija (vidéaste).

dimanche 1 mai 2016

Françoise Ascal | Des voix dans l'obscur














j'écris dans son silence
son silence à la rondeur d'un puits elle s'obstine à vivre tout au fond respirant à peine en attente toujours en attente d'une délivrance qui ne vient pas

je jette mes mots dans son eau noire je jette mes filets transparents mes phrases trouées mes sanglots inutiles elle ne m'entend pas sourde et peut-être mutique

j'écris dans le cercle de ses jupes noires dans la courbe de ses larmes j'écris dans le sans-fond de sa douleur

qui m'enchaîne à son absence
qui me somme d'espérer

lancer des mots en forme de pierre combler le puits
ensevelir la mort
lancer des mots en forme de caresse veiller-bercer

franchir la nuit

qui en rêvera si je m'éloigne

Françoise Ascal, Des voix dans l'obscur, dessins de Gérard Titus-Carmel, éd. AEncrages & Co, Coll. Ecri(peind)re, 2015.

jeudi 28 avril 2016

Nicolas Pesquès | La face nord de Juliau

5 BOUTS, BOUILLIE, BOUTURES

















[...]

Le 26 mai

Les corps qui se regardent, voient quelque chose de perdu pour de bon, de presque noir tellement c'est intense

...

jusqu'à ce que la sensation soit vraiment issue de la lecture, sans réminiscence, un voir dégagé par du verbe jusqu'à s'étendre en fleuve sur la pente. Jaune à ravir.

C'est ainsi que des idées peuvent être écrasées. Seule l'expression laissera des traces. Dans la vie : ça ne sera que ça : des accents relevés, la bouillie en grâce.


Le 27 mai

« La bouillie synthétique »

J'utilise le mot avec un flou comparable à celui du mot âme, avec quelque chose en plus et surtout quelque chose en moins : l'évanescence, l'indicibilité.

La mémoire en batteur-mixeur et l'oubli en battement de cœur.

La bouillie réclame de le rester, exactement comme le jaune s'approfondit à l'approche, perd ses couleurs, augmente sa densité, sature. A l'approche des yeux.

Cézanne : il savait peindre la bouillie, de grumeau en grumeau.


Le 28 mai

Il faut se résoudre à ce que la sensation soit une limite. Elle va borner nos pulsions et circonscrire la colline. Le paysage peut en dépendre. Il alimente la bouillie avec ses ingrédients : flaques de vert, flocons, aplat de ciel. La buse tourne. La biche bouge au ralenti.

Injection d'instants et de couleur, ou bien gros bloc d'espace en un seul jet. Jaune au cri.
Les grumeaux sont comme des volumes. Dans la mémoire la bouillie est une fête.

A partir de là, de ça, la grammaire va agir.
L’œil est tellement fasciné, la battue si forte.
L'oblong genêt jaune
la poitrine de J.

...

Dans les passages à blanc que sont les émotions, le corps redouble d'oublie, c'est comme si l'intensité de la vie décolorait et fluidifiait le mélange en le passant au feu, si bien qu'on ne saura jamais sa consistance, ni contrôler son agitation.


Le 30 mai

Tout ce désordre interne vient des sens, et de leurs sens qui vont et viennent de partout.
Vert tend, jaune tire. De l'eau glisse en gorge.
Fibrillation du désir.

[...]

Nicolas Pesquès, La face nord de Juliau, treize à seize, Poésie/Flammarion, février 2016, p.146-148.

mercredi 20 avril 2016

rien sinon si loin déjà que la nuit, l'oubli

que le jasmin et le miel
que le parfum de la figue loin dérobé et
que l'aube rien

sinon si loin que le bois d'ébène
de quelques fruits au cœur encore
nocturne

ouvert sur ta nuque sèche 

[...]
alors admettre que la nuit décline

Chiaroscuro [avec une préface de Sabine Huynh, accompagné de 3 linogravures de André Jolivet], Æncrages & Co éd., coll. Voix de Chants, Baume-les-Dames, 2013.

jeudi 31 mars 2016

Für Günter Ludwig (Zeichnung)

Günter Ludwig / Deborah Heissler


LANDSCAPE

(Deborah Heissler, trad. Martine Schnell) 

Das Bild dauert auf der Retina an und das streift nur leicht — die Gebüsche und die Naturwiesen, dort ist die Ebene, von einigen Hügeln gebrochen 

— eine Landschaft löst sich auf und geht zugrunde, schwankt unter dem Himmel, 


Günter Ludwig / Deborah Heissler

unter dem Staub, entdeckt in einem Augenblick die verstümmelte Takelung seiner Wälder

seine Zartheit, erkennbar an diesem grundliegenden Instinkt der Pfade und der Grenzsteine


— Wenn diese Nacht nicht anders wäre als die Nacht —


[...] so dass, dieser Satz, mit dem ich mein Wortlaut öffnen und schließen wollte, dieser « Schneesturm » , der in meinem Geist nur eine Metapher war, ich werde ihn ändern müssen. Philippe Jaccottet, « Truinas, am 21. April 2001 »Verlag. La Dogana, 2004, S. 10. 

mardi 19 janvier 2016

Paul Celan - Partie de neige / Schneepart

J'ARPENTE ta trahison,
avec des fibules de chevilles
à toutes les articulations
de l'être,

des fantômes de miettes
sont vêlés
par tes tétins
de verre,

ma pierre est venue à toi,
grille ouverte par elle-même, toi
et ta cargaison intérieure
de vipères,

tu te fais mal à soulever
la plus légère de mes douleurs,

tu deviens visible,

un mort, un mort quelconque, tout à soi,
inverse les amures 

*

ICH SCHREITE deinen Verrat aus,
fußspangen an
allen Seins-
gelenken,

Krümelgeister
kalben
aus deinen gläsernen
Titten,

mein Stein ist gekommen zu dir,
selbstentgittert, du inwendig
Ottern-
befrachtete,

du verhebst dich
an meinem leichtesten Schmerz,

du wirst sichtbar,

irgendein Toter, ganz bei sich,
setzt Lee über Luv.


Paul Celan, Partie de neige, V, traduit de l'allemand par Jean-Pierre Lefebvre, éd. Seuil, p.85.

lundi 18 janvier 2016

And, Nonetheless / Philippe Jaccottet / John Taylor

VIOLETS

A mere tuft of pale violets,
a tuft of those frail, almost faint flowers,
and a child playing in the garden…

On that day in the month of February, not so remote yet vanished like all the other days of ours lives that we will never grasp again, those violets cleared up my sight

And Nonetheless: Selected Prose and Poetry 1990-2009, Philippe Jaccottet.
Translated and introduced by John Taylor, Chelsea Editions, 2011, p.197.

vendredi 15 janvier 2016

Elle
Lèvres entrouvertes, peau blessée, tresses soyeuses.

Je suis resté saisi à deux doigts d’elle, du bouquet d’ombre que les buissons depuis le jardin dandinent sur les murs, de la méridienne, des lettres, du presse-papier et de son journal — le poète s’adresse à sa femme. Ou d’autres passages réunis au fil des jours « Bribes de mondes égrenés qui explosent nus entre ses doigts. SD. ». Je ne sais plus à dire vrai.

Ce n’était plus là ni son écriture, ni même sa main. Chaque ligne trahit l’inscription de celui qui avait su lui dire « tu », infiniment, sous la lampe, contre la porte, alors que le jour décline.

Sorrowful Songs [avec une préface de Claude Chambard, accompagné de 4 dessins de Peter Maslow], Æncrages & Co éd., coll. Voix de Chants, Baume-les-Dames, 2015.