mardi 6 octobre 2015

La Peinture et son Ombre / Jean-Claude Schneider

Le il faut situe l'injonction dictée par le regard à la frontière de ce que peuvent, chacun aux confins de sa tessiture, le peindre et le dire. Un pas plus loin, c'est la courbure, cet éveil, naissance à la vie - chaque poussière du trait, de la surface - que connaît le seul regard : une ondulation silencieuse qui conduit l'oeil d'accident en accident, s'empare du monologue intérieur de la vue, hors, lui, de toute parole. Là : réalité ultime frôlant des abîmes, lorsque le monde alors se résume à ceci

l'ombre et l'infini éclat


les choses chuchotant

se répondant, le peintre s'acharne, rage et fureur exténuante, à dire avec ses couleurs les matières indicibles que sont : bois, boue, éteules, et la terre en sa nudité ; ou le colza, ce jaune qu'il pense avoir enfin rejoint vers la fin. Dans les dernières années, aussi, pour compenser les entraves à la mobilité, l'acuité amplifiée de la perception, le 

libre regard

qui a tout vu. Nourri d'invisible.

Jean-Claude Schneider, "Aller devant vers ce qui fut, peintures de Pierre Tal-Coat", in La Peinture et son Ombre, L'atelier contemporain (2015), p. 106/107.

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