mardi 23 juillet 2013

MELODIE - Akira Mizubayashi

Ce fut une séparation trop brutale et incompréhensible pour Hachi. Loin du regard des hommes et des femmes qui n'arrêtaient pas de bouger, il continua à chercher son maître et tout ce qui le lui rappelait. [....]
 
Ainsi passèrent des jours et des jours, des mois et des mois. Et presque dix années s'écoulèrent dans la régularité monotone de la vie citadine sans un seul jour où Hachi ne se postât à la sortie de la gare. Toujours au même endroit, toujours à la même heure, toujours dans la même posture (c'est-à-dire assis, le regard attentif dirigé vers  le contrôle des tickets), il attendit inlassablement, infatigablement, inépuisablement, le professeur Ueno. Et, pendant ce temps-là, s'agrandissait inexorablement le décalage entre le corps de Hachi qui vieillissait vite et l'image de son maître qu'il gardait en lui et qui ne vieillissait point. Enfin le décalage atteignit la limite. Le temps emporta tout, effaça tout. Hachi succomba le 8 mars 1935, dans une ruelle de Shibuya qui se trouvait de l'autre côté de la gare, quartier qu'il ne fréquentait guère.


Akira Mizubayashi, Mélodie. Chronique d'une passion (2013), éd. Gallimard coll. "L'un et l'autre", p. 162-163

Sur France Culture un entretien qu'on peut toujours écouter en ligne ici
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Accompagnement musical :
Ludwig Von Beethoven : Missa solemnis en ré maj opus 123. Kyrié Orchestre des Champs Elysées, direction Philippe Herreweghe
Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto piano n° 19, Non_temer_amato_bene, pianiste Hélène Grimaud.

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