dimanche 3 novembre 2013

Chiaroscuro / Deborah Heissler / André Jolivet

Nouvelle parution chez Æncrages and Co, plus d'info en cliquant sur ce lien:

Deborah Heissler, Chiaroscuro (2013) éd. AEncrages & Co

souffle                      
brûlé de tous les souffles                      
allant le souffle amer                      
de la bouche dévorée, âcre                      

fruit                        
l’orée trop belle,                      
 rose aux lèvres de l’aimée                      
Tu                       


Deborah Heissler, Chiaroscuro (2013) éd. AEncrages & Co

mardi 10 septembre 2013

The recalcitrant matter of the poem

Re-reading Requiem (1947) followed by Remarques (1990) or else Poésie 1946-67 and La Semaisonwritten between 1954-67 though published by Gallimard (Paris) in 1971which practically corresponds to editions of Début et fin de la neige or Ce qui fut sans Lumière in Yves Bonnefoy’s works, one notes that the topics of winter and snow are already present in these early works, ready to blossom out. In later works, the invisible is never as moving as when it is combined with the fragile migration of things, scattering and dispersion: constellations on the ground, the movement of their gift towards the ground as if approaching a body or skin, starting a dialogue with the recalcitrant matter of the poem. 

To determine where this poetics emerges, one must first track it back to the place where thought was not a given—in its resistance or, on the contrary, its failure, its collapse—where reflection, meaning of one’s own image, of resemblance and oneself, proves definitively insufficient. Numerous metaphors—the line and the space between lines, the white (of silence, ellipsis, or absence), or else shards of colours—translate this reciprocal overlapping of the visible and the invisible, equally significant, and which, evoking the figures of the un-figurable, bring readers face to face with language and its explosion or exhaustion, with the suspension of sense and meaning.
   
Zao Wou Ki
 

En relisant Requiem (1947) suivi de Remarques (1990) ou bien les Poésie 1946-67 et les Semaisons le premier volume au moins daté de 1954-67 (Paris, Gallimard, 1971) qui correspondent à peu de chose près aux éditions de Début et fin de la neige ou de Ce qui fut sans Lumière chez Yves Bonnefoy, force est de constater que les thèmes de l’hiver et de la neige y sont déjà présent, près à s’épanouir. Dans les œuvres plus tardives, l’invisible n’y est jamais aussi émouvant que conjugué à la fragile migration des choses, à la dispersion et à l’éparpillement : constellations sur la terre, mouvement de leur don vers la terre comme on s’approche d’un corps, de la peau, entamant un dialogue avec la matière récalcitrante du poème. 

Pour cerner le lieu d’éclosion de cette poétique, il incomberait en premier lieu de traquer celle-ci là où elle ne se donne pas à penser, dans sa résistance, ou au contraire sa défaillance, son effondrement, là où la réflexion au sens d’un retour à l’image, à la ressemblance et à soi, s’avère nettement insuffisant. De nombreuses métaphores qu’il s’agisse d’évoquer la ligne et l’interligne, les blancs (du silence, de l’ellipse ou de l’absence) ou bien la couleur par éclats y traduisent cet empiétement réciproque du visible et de l’invisible, prégnants l’un et l’autre, qui en faisant « lever » des figures de l’infigurable, confronte le lecteur au langage et à son explosion ou à son épuisement, à la suspension du sens. 

Hommage à Zao Wou Ki
Merci à Jennifer K. Dick pour sa relecture

mardi 23 juillet 2013

MELODIE - Akira Mizubayashi

Ce fut une séparation trop brutale et incompréhensible pour Hachi. Loin du regard des hommes et des femmes qui n'arrêtaient pas de bouger, il continua à chercher son maître et tout ce qui le lui rappelait. [....]
 
Ainsi passèrent des jours et des jours, des mois et des mois. Et presque dix années s'écoulèrent dans la régularité monotone de la vie citadine sans un seul jour où Hachi ne se postât à la sortie de la gare. Toujours au même endroit, toujours à la même heure, toujours dans la même posture (c'est-à-dire assis, le regard attentif dirigé vers  le contrôle des tickets), il attendit inlassablement, infatigablement, inépuisablement, le professeur Ueno. Et, pendant ce temps-là, s'agrandissait inexorablement le décalage entre le corps de Hachi qui vieillissait vite et l'image de son maître qu'il gardait en lui et qui ne vieillissait point. Enfin le décalage atteignit la limite. Le temps emporta tout, effaça tout. Hachi succomba le 8 mars 1935, dans une ruelle de Shibuya qui se trouvait de l'autre côté de la gare, quartier qu'il ne fréquentait guère.


Akira Mizubayashi, Mélodie. Chronique d'une passion (2013), éd. Gallimard coll. "L'un et l'autre", p. 162-163

Sur France Culture un entretien qu'on peut toujours écouter en ligne ici
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Accompagnement musical :
Ludwig Von Beethoven : Missa solemnis en ré maj opus 123. Kyrié Orchestre des Champs Elysées, direction Philippe Herreweghe
Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto piano n° 19, Non_temer_amato_bene, pianiste Hélène Grimaud.

dimanche 14 juillet 2013

REGISTRE DES OMBRES - Yekta


 Chant troisième (charade à dire au clair de brume)

    crachin d'un chant que nulle main ne retient tu n'es qu'un chapelet de mots perdus tu n'es qu'une charade à dire au clair de brume
    ta première a des croix sur les poignets des brûlures aux chevilles et traîne entre le murs d'acharnés les affiches en loques sifflant leurs chansons de folles
    elle a rempaillé les poitrine éployés les sexes effilé les porte de la ville en son lit de caillasse et de salive asséchée par l'insulte éméchée par le sang elle va de porche en porche un chuintement de porte rouillée dans la gorge elle va de couloirs de caves en cages d'escaliers sur le ventre ou la pointe des pieds
    elle invente un langage de froissement et de souffles un conciliabule de brindilles d'ossements et de souffles un conciliabule de brindilles d'ossements et de cailloux au passant perpétuel elle offre une pluie de plumes à l'infirme au malade un requiem de flocons noirs


Registre des Ombres (2013) par Yekta (en savoir plus en cliquant sur le lien) 
traduit en espagnol par Myriam Montoya, aux éd. L'Oreille du Loup, p.35. 

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Table des matières

Canto primero (généalogie du fugitif)
Canto segundo (devises pour un voyage dans les régions du désespoir)
Canto tercero (charade à dire au clair de brume)
Canto cuarto (assassinat d'un marchand de sable)

vendredi 5 avril 2013

Maison de la poésie de Nantes - 16 mai 2013

Deborah Heissler et Frédérique Cosnier
Deborah Heissler et Frédérique Cosnier

 « À SUIVRE… »
 Déborah Heissler et Frédérique Cosnier 
Lectures-rencontres présentées par Damien Chéné et Guénaël Boutouillet
En partenariat avec la Maison de la Poésie de Rennes
Jeudi 16 mai / 19h30


Déborah Heissler est née en 1976 à Mulhouse. Après des études de littérature contemporaine, elle effectue de nombreux séjours en Chine, en Thaïlande et au Vietnam. Elle reçoit plusieurs prix pour son premier recueil Près d'eux, la nuit sous la neige ainsi que pour Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, tous deux publiés chez Cheyne. Elle est aussi l'auteure de nombreuses notes de lectures et articles sur la littérature ou la peinture. Dans son recueil Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, écrit lors de ses voyages en Asie, se succèdent images, paysages, ombres et couleurs, comme dans la composition d'un tableau japonisant, et le texte guide son lecteur dans la pénombre d'un jardin bien réel.
« Chez Déborah Heissler, écrire y est acte de justesse, jeu de nuances et d’harmoniques qui se méfient de l’ingouvernable excès. Ce que le poète détaille relève de la suggestion, des empreintes à laisser à l’esprit, d’un mouvement de lecture pénétrante soulevant un peu de beauté fragile. » Dominique Sorrente, Le Scriptorium.
 
Frédérique Cosnier est née en 1974 et vit à Besançon. Après une agrégation de Lettres modernes, elle publie dans diverses revues (Dissonances, remue.net, Hors-sol, Cequisecret) puis PP Poèmes précis aux éditions Entre2M en 2008. Elle collabore aussi à des projets avec des photographes ou musiciens.
PP Poèmes Précis, 3 petits précis poétiques pour 3 moments de l'existence, le réveil, le démaquillage, la mise en plis. Le vivant est plein de périls. Il est en marche vers sa forme, jamais anodine, qu'il invente à mesure qu'il paraît. 3 tentatives, donc, pour formuler des moments saisis en coupe dans l'éternité, avec à l'horizon, l'idéal mathématique jamais atteint par la parole, qui ne fera que courir après le facteur commun des choses. Car comment dire l'ubiquité, le détachement et la consternation, le suave et le rêche, la surface et le sous-cutané, la mémoire qui superpose tout ? Que peut le poème ? 

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« Dans les draps des mots » / Entretien radiophonique
Une discussion avec les auteurs invités aux lectures « Poèmes en cavale » depuis l’intimité d’une chambre de l’hôtel Pommeraye et retransmise en direct de 17h10 à 18h00 sur Alternantes FM 98.1 (Nantes) / 91 (Saint-Nazaire).
Émission animée par Michel Sourget et Laurent Mareschal.


Jeudi 18 avril : Cécile Mainardi
Jeudi 16 mai
: Déborah Heissler
Jeudi 30 mai : Yves Charnet

Toutes les émissions en écoute sur www.chambre108.net

mercredi 16 janvier 2013


Dépaysages (gravure) de Véronique Duflot - Strasbourg


écorce rouge étreinte sous le pli de la nuit                
nocturne aux lèvres de l’aimée                
Fruit                
âcre brûlé                

en la langue                
                      
                    cantique de l’encre
                    comme on glisse hors de soi loin 
                    après la nuit

vendredi 4 janvier 2013

#vasesco - Jean-Marc Undriener

Un #vasesco pour débuter l'année 2013 en compagnie de Jean-Marc Undriener dont on pourra suivre, ou tout simplement découvrir, les travaux d'écriture et photographique sur fibrillations & autres arythmies, un site sombre et sobre tout à la fois - une qualité pour moi et que je tiens à préciser, cette sobriété-là. Pas de véritable concertation sur un thème particulier (dépassés que nous avons été par les évènements) et cependant une même évocation dans nos deux textes de l'oubli et d'un moment - la nuit chez Jean-Marc dans découdre ce trop que j'accueille ici dans mes notes et carnets et l'aube de mon côté avec cet autre texte Une fontaine murmure sur la paume de tes mains que Jean-Marc réciproquement a bien voulu accueillir sur fibrillations. Une mise en ligne in extremis (dont je m'excuse ici) avec comme à chaque fois depuis le début de l'aventure, une belle surprise au bout.

découdre ce trop

Photo de Jean-Marc Undriener


envie de couper les fils avec tout autour / oui mais / et impossible de ne pas y penser / mais vouloir ça / couper / à un moment couper / mais / temps mort

à quoi on pense on n'en sait rien / à quoi on pense quand on pense à / justement rien / à quoi quand on ne pense rien / rien de tout ça / à quoi / à quelque chose / forcément quelque chose / oui mais / quoi / à quoi quand la tête démange et que / gratter trop là-dedans brûle les doigts

trop / dans la tête de ces vagues qui creusent lentes / de ce trop peu de soi qui vit au bout / encore bat / de ce trop qui se décroche tombe et casse / au bout / même pas net / au bout / de ces éclats partout / des bouts en trop qu'on ne recollera à rien / donc jamais

le problème c'est / pas la casse le problème / jamais vraiment la casse / ou pas que / non / le problème c'est ramasser c'est qu' / il faut ramasser / après derrière plus tard et repasser voir si on n'a rien oublié / des fois qu'il en traîne encore de ces bouts de trop et qu'ils perforent le pied quand on traverse / la nuit

la nuit / quand on la traverse / quand on se connecte à cette boue jusqu'à oublier son propre nom / qu'on se noie dans ce trop de noir tissé autour / et maintenant découdre ce trop / et ne pas oublier de vivre peut-être / après / ne pas oublier ça / même si manquent le ventre et l'envie / ou l'envie / ne pas oublier

après

de – 


Jean-Marc Undriener