jeudi 2 août 2012

#vasesco – François Bonneau

Troisième participation aux #vasesco et avec quelqu'un que je ne connaissais pas, jusqu'à ce qu'on sympathise suite à un appel à contribution sur Facebook, ce réseau qui chaque mois nous permet, grâce au travail méticuleux de Brigitte Célérier, de planifier chacun nos échanges. Une contribution ce mois-ci qui est donc l'occasion d'une rencontre également et d'une découverte, celle de François Bonneau - dont je me suis permise de télécharger aujourd'hui les Millimètres sur Publie.net que j'ai pu lire et écouter dans la soirée avant de poster ce billet. Son texte sur la ville et mes photos sont disponibles ici, mon texte sur la ville et ses photos le sont en retour sur son blog l'irrégulier, dont je vous recommande la lecture. 

Tout à coup, pendant ce temps
Texte :  François Bonneau
Photo : Déborah Heissler (Wuhan, Hubeï)



Trop plein de « tout à coup » et de « pendant ce temps », je me suis assis. En me tenant les côtes qui au moins ne bougeaient pas.

Peut-être les « tout à coup » et les « pendant ce temps » n’essaieraient plus de s’échapper cette fois, peut-être arrêteraient-ils de se faufiler dehors, par les interstices, en déplaçant une côte ou deux ; mais celles-ci étaient bien tenues, alors rien ne bougeait.

Assis là, aucun des « tout à coup » et des « pendant ce temps » n’osait essayer de sortir. Pas même la grue, au loin à gauche, pas même la lune. Et quant au sous-sol…


Alors je restai assis.

Le gris s’est dissipé en volutes cellophane. Le ciel, gêné, a rougi. Parme, saumon framboise, les domiciles au loin se recouvraient de teintes vives, peut-être comestibles. Mes yeux n’avaient plus très faim, la lune montante se colorait aussi. Il fallait bien lâcher ces côtes.


Et puis, au dessus ça s’est déchiré, ça s’est tâché, froissé et recouvert encore, c’est devenu de moins en moins comestible, la grue semblait charrier du vert, et le dissoudre dans l’horizon. De nouveau, tous les « tout à coup » et les « pendant ce temps » tambourinèrent ensemble.

Alors je les laissai partir, mes côtes devenues piètre cage.

Je les laissai sortir sans qu’ils n’écorchent mes côtes, d’un mouvement fluide. Ne resta que les déchirures du réel, la cheminée jalouse des nuages. Plus tard, se relever.


François Bonneau