jeudi 6 décembre 2012

#vasesco - Olivier Hodasava

Décembre qui est arrivé si vite, l'occasion d'échanger avec Olivier Hodasava ce mois-ci et, déjà je vous le dis, pour accueillir Olivier comme il se doit, je commence par fignoler mon blogue (change de header, bidouille mes gadgets et widgets comme je peux, c'est qu'il est plutôt pas mal son Dreamlands virtual tour sur blogspot...). Un septième #vasesco et notre envie à tous les deux d'échanger des textes sur des photos prises à Mulhouse dans l'hyper centre - pour coller au projet qui est celui d'Olivier - moi Au Bon Nègre et lui au Globe, rue du Sauvage. C'est donc avec un grand plaisir que je l'accueille dans ces carnets, entre deux notes, où vous pourrez lire de lui "Traces"  (et réciproquement de moi chez lui "RedRoom" sur Dreamlands son carnet de voyage virtuel).




TRACES

Au petit matin, elle aurait disparu. Alors qu’il aurait été en train de dormir profondément. Sans laisser de traces ou presque. À peine douze heures après qu’ils se soient rencontrés.

TRACE 1 – L’empreinte

L’empreinte de ses lèvres sur le bord d’un verre, verre posé au pied du lit.
Dans la journée, il l’aurait observée dans le détail, dans la lumière rasante d’un soleil d’hiver.
Il n’aurait pu se résoudre à l’effacer. L’empreinte lui serait devenue précieuse.
Dix jours plus tard, sa sœur de passage, croyant rendre service, aurait lavé le verre.
Il en aurait été incroyablement attristé. Il n’aurait rien dit.

TRACE 2 – Le polaroïd

Et puis, il y aurait eu ce polaroïd que la veille au soir elle aurait enchâssé entre encadrement et miroir au-dessus de la cheminée (de ce qui avait été, dans le passé, une cheminée) – c’est à peine si, dans l’instant, il aurait remarqué le geste.
Ce polaroïd aussi, bien sûr, aurait été précieux. Plus précieux que l’empreinte. Si précieux qu’il n’aurait osé le toucher.
Deux, trois fois par jour, les semaines suivantes, il se serait accoudé au marbre de la cheminée. Il aurait relevé les mots – Globe, Havas voya-, barricades, expliquer… –, il se les serait intérieurement récités… Globe, Havas voya-, barricades, globe, voyage, expliquer…
À chaque nouveau regard posé sur l’image, il aurait espéré repérer un détail, une ombre, un reflet qui l’auraient mené à elle.

Une image.
Des journaux posés sur table ou guéridon. Une boisson (quelle boisson ? difficile à dire). Photo prise à l’étage sans doute d’un bar, d’une brasserie. En face, une agence de voyage. Une sphère suspendue au-delà de la fenêtre – une boule de noël ?…
Que voir de plus ?

Il aurait espéré qu’un jour elle sonne, ou frappe à la porte. Il aurait voulu qu’elle revienne.
Il aurait espéré la croiser dans la rue. Par hasard.
Pour la nommer, dans ses rêveries, il ne disposait que d’un surnom – Dee. Même pas un prénom.
Dee… Il l’imaginait orthographiée ainsi mais peut-être que pour elle c’était Di, ou Die.


Du temps serait passé – des années (une petite dizaine).


Les premiers mois, avec assiduité, il aurait fréquenté le bar de leur rencontre.
Mais ses visites au bar, imperceptiblement, se seraient faites plus éparses.
Et puis le bar aurait fermé.

Et puis, finalement, elle n’aurait plus été qu’un songe.


Il aurait rencontré une autre femme. Ils se seraient mariés. Ils auraient eu des enfants, deux – une fille et un garçon.

Voilà. Maintenant, il s’apprêterait à déménager. Rangement, tri, cartons.
L’heure serait venue, pour le polaroïd, d’intégrer les archives.
Il opérerait avec d’infinies précautions pour le sortir de son ornière (le polaroïd serait couvert de poussière).
Pour la première fois, il le tiendrait dans sa main – ce serait presque étrange, irréel.
Il se souviendrait du chagrin par le passé éprouvé. Il serait presque prêt, maintenant, à s’en amuser.
Derniers regards avant de le remiser dans une boîte métal à babioles et papiers.
Il le retournerait machinalement, pour voir.
Et là, il découvrirait le numéro de téléphone au dos, et une adresse à Mulhouse, Haut-Rhin.
Son cœur s’emballerait.
Il serait pris de presque vertiges.
Il essaierait de réfléchir. Mais non, impossible.
Il ne saurait plus quoi faire.


mardi 20 novembre 2012

Entretien avec Anne-Françoise Kavauvea

Difficile de bloguer d'une plateforme à l'autre un article intéressant qu'on a pu trouver ailleurs (en l'occurrence sur Encéphalogramme du spectateur un blog Wordpress). Or je tombe à l'instant sur ce billet et éprouve le besoin d'en citer ici quelques lignes, pour mieux partager avec vous les réponses de Anne-François Kavauvea - libraire à Lyon au tout nouveau "Point d'Encrage" -, aux questions de son interlocutrice du moment, Pauline Catherinot.

Photo prise par Armand Dupuy au Point d'encrage, librairie à Lyon.

De l'audace, de l'enthousiasme et une belle envie de saluer cette initiative.

- Pauline Catherinot : On trouve chez vous de vrais trésors, notamment de petits éditeurs ou des livres qu’il est parfois difficile de trouver… je pense par exemple aux booklegs de maëlström… votre identité semble se dessiner à rebours du commerce… 
- Anne-Françoise Kavauvea : Pour moi, un livre n’est pas un objet comme les autres. J’ai du mal à adopter une démarche commerciale. Mais tout compte fait, cette attitude est sans doute celle qui fera vivre notre librairie, car les livres que nous vendons le mieux sont ceux-là, ceux qu’on trouve rarement  d’ordinaire. Les éditeurs indépendants nous soutiennent beaucoup, et cet échange est particulièrement enrichissant. 
- Pauline Catherinot : Comment se décline votre politique d’achat ? 
- Anne-Françoise Kavauvea : Cette politique est plus guidée par la passion que par la raison, même s’il m’arrive de faire des concessions. Il y a des auteurs (très largement représentés partout) dont on ne trouve pas les livres ici. Je suis extrêmement attachée à l’idée de proposer de beaux et bons textes. Parfois Emmanuel parvient à me convaincre que tout de même, il y a des titres qu’il faudrait avoir. [...]

Vous pouvez lire l'entretien dans son intégralité ici, en cliquant sur Le point d'encrage d'Anne-Françoise Kavauvea.

Consulter Encéphalogramme du spectateurblogue de Pauline Catherinot.

samedi 13 octobre 2012

Délaisse ses carnets quelques jours pour faire de la photographie.

jeudi 4 octobre 2012

#vasesco - Piero Cohen-Hadria

Octobre 2012, un cinquième #vasesco et je n'ai pas vu passer le temps (déconnexion quasi totale ce mois-ci, brico, déco, peintures et autres activités du même ordre) ce qui ne m'a pas tout à fait empêchée de tenir les délais avec Piero Cohen-Hadria, croisé un peu sur le site de Anne Savelli beaucoup sur les listes de vases communicants dont s'occupe méticuleusement Brigitte Célérier et de manière tout à fait virtuelle pour l'instant. Une belle surprise une fois encore, parce que nous n'avons pas eu le temps de définir un thème d'écriture commun et que malgré tout j'ai fini par découvrir que nos textes se recoupaient (et plus) autour de la photographie, de l'évocation et du souvenir (du livre plus spécifiquement chez Piero, de corps calcinés à Hiroshima avec moi). Vous pourrez lire ici de lui "Pour faire une photo" et de moi chez lui "- quittez, en laissant vibrer" sur son très beau site Pendant le week-end.

Pour faire une photo

Garer la voiture dans la rue Etienne Dolet (ce type, poète, imprimeur, assassiné puis brûlé sur et avec ses livres, place Maubert, Paris 5 aujourd’hui, seizième siècle alors, lorsque j’y passe, je pense à la mère de Marc Augé) ; aller au rendez-vous, sur la place du Marché : là, dans ce restaurant qui fait le coin ? Non, pas là, trop d’intermittents, pas d’amis, non pas là, allons marchons…

Ici, pourtant, au premier étage, nous y étions aussi, quand était-ce, il y a quelques années, oui, probablement, je ne sais plus, il nous faut avancer, toujours, avancer, laisser derrière soi des augures et des tentatives, des choix et des envies pour continuer, marquer tracer, éviter, marcher devant soi, droit et voir et continuer, espérer peut-être…

On montera la rue, on parlera des liseuses, on regardera la serveuse poser devant nous une sorte de tagine au poisson, un vague bœuf aux carottes, un demi-pichet de vin rouge, et on parlera. On évoquera la bibliothèque, Robert Desnos « poète de vingt ans, d’avance assassiné mais que vengeaient déjà le blasphème et l’injure… Je pense à toi, qui partis de Compiègne, comme un soir en dormant, tu nous en fis récit, accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie/ là-bas où le destin de notre siècle saigne… », Robert le Diable, et donc à Agnès Varda dont j’ai tant aimé les Glaneurs et elle,  sa main qui vieillit (j’avais posé une photo de la mienne en y pensant), elle la Glaneuse, Daguerre, Montparnasse, Edgar Quinet, Paris toute une floraison de marchés, ce jour-là, c’était un midi, nous déjeunions et à l’esprit j’avais cette idée de travail tout en sachant résolument que ce sont des prétentions auxquelles je ne devrais pas céder, je ne suis pas exactement de taille, peut-être, mais qu’importait alors, qu’importait aujourd’hui, ce matin, au téléphone parler et dire que ces objets, ces liseuses, ces tablettes, ce que nous abreuvons de nos textes, de nos photos, de nos envies et de nos émotions, ce qui supportera bientôt, pourquoi pas, ces vases, ces livres dont on parle par exemple Gonçalo M. Tavares, je ne l’ai pas lu, ça viendra peut-être, d’autres encore et ces objets qui  nous sont d’un pratique, nous aident probablement lorsque nous allons ici, ou là, parce que les livres sont lourds, parce que nous bougeons beaucoup, beaucoup plus, et plus loin et plus vite, trois heures de trajet par jour il faut les meubler, mais aussi parce que nous le savons, nous ne survivrons pas, j’entendais que Antonio Tabucchi était mort du poumon (le poumon, le poumon…) et il faut bien partir sans doute de quelque chose, partons alors, autant que ces meubles-là nous pèsent le moins possible, le sac et la valise, je me souviens des vingt-cinq kilos de questionnaires, comme si nous avions besoin de ces cinquante livres, avancer et parcourir la France ou les pays voisins, ou alors s’envoler si loin vers quelques ailleurs, pour quoi chercher, quoi découvrir, former sa jeunesse sans doute, et les livres, oui, on en parlera le café sur la terrasse, aller régler, ah la machine à cartes bleues ne marche pas, pas d’argent si j’en ai, ah oui, (mais alors oui, je te les dois, C) redescendre cette rue, se retrouver au coin de ce marché, ce soleil, cette rue, le bûcher et les livres qu’on brûle comme on brûlera celui qui les a imprimés, sorcières et mécréants, entendre ce matin cette dame qui me disait « au moins, on ne sait pas ce qu’on est en train de lire, personne ne peut le savoir, c’est ce qui est bien, avec ces liseuses… » oui, voilà, on sera dans le secret, on restera entre soi et le texte, et on avancera, inutile de se masquer, de se leurrer même si on aime tant nos illusions, les perdre on ne saurait pas, on ne sait pas « même avant quand on couvrait le livre, on pouvait encore savoir… » mais à présent, de couverture, il n’en est plus, le livre, le texte, la lecture

Texte et photo :  Piero Cohen-Hadria

et une photo pour se souvenir, juste en face de la voiture garée là par hasard, dans cette rue, Etienne Dolet je me souviens, et face au 92 à Montreuil quatre-vingt treize


Piero Cohen-Hadria

jeudi 6 septembre 2012

#vasesco - Joachim Séné

Septembre 2012, quatrième #vasesco et l'occasion d'échanger avec Joachim Séné rencontré cet été et dont le travail m'impressionne depuis longtemps déjà - parce qu'il code, balise lui, se coltine le cambouis s'il le faut (c'est dire si à côté j'ai pas l'air fin avec mon blogspot à moi, à bidouiller deux doigts d'HTML) - alors oui tandis que je m'y suis reprise à deux fois ce mois-ci pour respecter les termes de l'échange, en temps et en heure, Joachim m'a fait l'immense plaisir de partager ici son texte sur la ville, avec pour unique consigne d'écriture l'anamorphose. En retour on pourra lire le mien sur Fragments, chutes et conséquences son atelier, son ouvroir, sa caisse à outils comme on voudra, où trouver Joachim...

Cordes
Texte et photo  : Joachim Séné
Anamorphose : Felice Varini


Noue la ville.
Et ses cordes d'immeubles, longilignes et mouvantes, serre les rues avec.
Resserre jusqu'à l'étouffement, tire sur les traits de signalisation, fort, à faire sauter les panneaux, à briser les ampoules dans les feux, à faire rebondir les camions de livraison sur la file des bus en retard, à faire trébucher le livreur de pommes sur les épaules de moutons roses renversées dans le caniveau, à réduire les secondes de marche qui contournent le stade.

Aplanis les reliefs.
Piège-les du regard, fais surgir un jeune volcan de l'horizontal trottoir, horizontal et droit jusqu'à l'horizon où tout se rejoint : immeubles du côté droit, immeubles du côté gauche, route partagée, trottoir de gauche et trottoir de droite, tôles automobiles, piétons écrasés par le ciel, et le ciel lui-même étouffé par trop de piétons qui l'ignorent de leurs regards dirigés vers le sol sans reflet. 

Souffle sur les petits papiers, mégots, bancs, arbres, poubelles, tout ce qui pousse ici : la femme allongée sur le banc, l'homme qui pousse un lourd caddie dans une rue sans supermarché, celui essoufflé qui s'appuie à un arbre, celle qui jette un mégot mal éteint dans une poubelle trop pleine de papiers. Souffle, vas-y, attise tout ça, fais grandir l'après-ville. 

Creuse les fondements. D'un trait sec de gomme, fais apparaître la toile sous la peinture rageuse d'un fil de rasoir, parce que c'est là et pour aucune autre raison.

Tire sous les pieds le tapis de la ville, les genoux ballottants au-dessus d'une couleur vide, les sandales en équilibre au bout des orteils, prêtes à tomber à n'importe quel moment, glissantes, glissantes. 

Décalque les souvenirs sur le plan de l'écran, ceux accrochés aux rebords des fenêtres.
Aux fleurs rouges, aux fleurs jaunes qui pendent.
Au linge pincé qu'on souhaite propre.
À la fenêtre ouverte et au corps penché-là, qui regarde, silhouette découpée sur le fond sombre d'un salon, qui voudrait emmener, dans sa chute, tout son salon avec lui, canapé et table basse, télé plate et buffet et napperon et vaisselier.  
Copie-les, éclaircis-les, ne laisse pas les pixels jaunir d'ennui, accroche-toi à ça et tombe avec, accélère cette chute.

Projette l'attendu sur la surface imparfaite du réel, ou projette l'inconnu sur la surface fragile de la voix.

Choisis et vocalise l'impossible image, sachant que certains jours, il faudrait pouvoir peindre les nuages, pour avoir le sentiment d'être complet, au moins jusqu'à la prochaine pluie.


Joachim Séné

dimanche 2 septembre 2012

Antoine Wauters - Lectures sous l'arbre 2012


Antoine Wauters lit des extraits de Césarine de nuit, Cheyne éditeur, coll. Grands fonds, 2012. (Enregistrement de fortune l'iPhone posé sur ses genoux, s'en excuse).

mardi 28 août 2012

Marie Cosnay - Lectures sous l'arbre 2012


Marie Cosnay lit des extraits Des métamorphoses, Cheyne éditeur, coll. Grands fonds, 2012.

Lysiane Rakotoson - Lectures sous l'arbre 2012


Le matin a remué d'un coup sa volière de silence
et de lumière.

Je porte cette bure jusqu'à ce que le poème
creuse un passage dans ta chair

[incipit, p.11]

Lysiane Rakotoson lit des extraits de Une neige et des baisers exacts, Cheyne éditeur, coll. Vocation, 2010. (Prix de la Vocation 2010 de la Fondation Bleustein).

mardi 14 août 2012

- au long des chemins / qui sinuent


(Sur des vers de Henri Meschonnic "Puisque je suis ce buisson" aux éditions Arfuyen, 2001) "Viennent / en silence", livre d'artiste avec des peintures et encres de chine de André Jolivet, 9 exemplaires dans un format de 27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd., 2012.

samedi 4 août 2012

#aftervasesco - L’éveilleuse endormie - C. Zottele

Initiés le mois dernier les #aftervasesco sont en quelque sorte le prolongement de ma lecture des vases communicants de chacun, auxquels je participe depuis peu (une forme d'hommage également à leurs instigateurs François Bon, Jérôme Denis et à leurs petites mains, Brigitte Célérier). Deux évocations marquantes dans ces #vasesco du mois d'août, Gimme Shelter (1969) d'une part et d'autre part Kaboul, le présent des Rolling Stones et l'ailleurs d'un Afghanistan opiacé qui ont donné lieu à cette vision un peu décalée aux anachronismes totalement assumés, sur un titre de Christine Zottele.

#aftervasescommunicants  04 août 2012  L'éveilleuse endormie (@czottele, Christine Zottele) - 03 août 2012

Gimme Shelter (écoutez), le film - à vitesse réelle on ne voit pas grand chose.  

Il y a la mention de ce parc minuscule, avec un grand arbre en surplomb de la terrasse, une odeur d’urine qui vous prend à la gorge, une fuite, deux fuites… d’eau qui ont démoli ton épaule déjà meurtrie – un homme revient et raconte les montagnes, l'hôpital de Kaboul, le froid, la neige.

Pause, cinq minutes, juste le temps de fermer les yeux - ta main multiplie la mienne et nos visages floutent nos êtres. 

Tu ne sais pas quoi lui dire. Tu finis par trouver dans une étagère vide du fond de ton cerveau les ombres la couleur la clameur la transperce le mur   qui éclatent langue larmes  saigne ciel nuages oiseaux  arrache paupières masque  profane peau mains corps  tu as regardé tes pieds, regardé la cour, la ville. Tu as parlé avec tes peurs, tu les caresses, tu les regardes dans les yeux, enfin. Et puis cette énergie exténuante qui te laisse là, incapable de bouger, les yeux en l’air et qui entre dans les poumons et les pores, manipule les glandes sudoripares  le tout-venant des mots, entassés pêle-mêle et dont tu n’arrives pas à croire au mécanisme brut.

L’histoire ne se répètera plus, lui dedans, toujours, lui et dedans. Les mêmes horizons, mais comme habités par une indéfinissable différence. Et la langue qui bégaie, les silences où on ne les attend pas  c’est une fenêtre d’hôtel  peut-être  la chambre a des ailes – c'est un peu fou un peu parti, ces arcades et cette place au bout de la rue qui descend.
Vent écrit visuel fond de cadre et sonore, premier plan.

Quelques bouts de toi, laissés épars dans cette chambre qui prépare ton départ - gagner on ne sait quoi l’idée de rêver ? Je ne comprends pas pourquoi mais le même phénomène ici se répète – apathie, intropathie, télépathie. 

Nous avons trop pleuré et je me sens à la fin du voyage, l'éveilleuse endormie


(Plus tard, se relever @francoisbonneau - François Bonneau)


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N'hésitez pas à Twitter, RT ou mentionner, les auteurs vous remercient

depuis
jusqu'à

jeudi 2 août 2012

#vasesco – François Bonneau

Troisième participation aux #vasesco et avec quelqu'un que je ne connaissais pas, jusqu'à ce qu'on sympathise suite à un appel à contribution sur Facebook, ce réseau qui chaque mois nous permet, grâce au travail méticuleux de Brigitte Célérier, de planifier chacun nos échanges. Une contribution ce mois-ci qui est donc l'occasion d'une rencontre également et d'une découverte, celle de François Bonneau - dont je me suis permise de télécharger aujourd'hui les Millimètres sur Publie.net que j'ai pu lire et écouter dans la soirée avant de poster ce billet. Son texte sur la ville et mes photos sont disponibles ici, mon texte sur la ville et ses photos le sont en retour sur son blog l'irrégulier, dont je vous recommande la lecture. 

Tout à coup, pendant ce temps
Texte :  François Bonneau
Photo : Déborah Heissler (Wuhan, Hubeï)



Trop plein de « tout à coup » et de « pendant ce temps », je me suis assis. En me tenant les côtes qui au moins ne bougeaient pas.

Peut-être les « tout à coup » et les « pendant ce temps » n’essaieraient plus de s’échapper cette fois, peut-être arrêteraient-ils de se faufiler dehors, par les interstices, en déplaçant une côte ou deux ; mais celles-ci étaient bien tenues, alors rien ne bougeait.

Assis là, aucun des « tout à coup » et des « pendant ce temps » n’osait essayer de sortir. Pas même la grue, au loin à gauche, pas même la lune. Et quant au sous-sol…


Alors je restai assis.

Le gris s’est dissipé en volutes cellophane. Le ciel, gêné, a rougi. Parme, saumon framboise, les domiciles au loin se recouvraient de teintes vives, peut-être comestibles. Mes yeux n’avaient plus très faim, la lune montante se colorait aussi. Il fallait bien lâcher ces côtes.


Et puis, au dessus ça s’est déchiré, ça s’est tâché, froissé et recouvert encore, c’est devenu de moins en moins comestible, la grue semblait charrier du vert, et le dissoudre dans l’horizon. De nouveau, tous les « tout à coup » et les « pendant ce temps » tambourinèrent ensemble.

Alors je les laissai partir, mes côtes devenues piètre cage.

Je les laissai sortir sans qu’ils n’écorchent mes côtes, d’un mouvement fluide. Ne resta que les déchirures du réel, la cheminée jalouse des nuages. Plus tard, se relever.


François Bonneau

mercredi 1 août 2012

Onzains de la nuit et du désir / Jean-Yves Masson

Divinement courbées sur le sein de la terre
ô lumières de l'arc-en-ciel quand va cesser la pluie,
portes d'un temple d'air,
lumières élevées sur l'eau du temps vous êtes
douces dans les feuillages quand les branches
s'égouttent lentement et qu'un manteau de ciel
descend sur les mains jointes des églises.
Or, lumières conciliatrices, malgré moi
j'entends toujours la plainte et le tumulte de l'orage :
tant de souffrance et d'ombre et tant de joie en lui
que mes pensées aussi se courbent vers la terre.

Jean-Yves Masson, Onzains de la nuit et du désir, éd. Cheyne, Chambon-sur-Lignon, p. 83.

samedi 7 juillet 2012

#aftervasesco - Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir - Pierre Ménard


Lecture (avec pour matrice de travail la liste des vases communicants de @brigetoun) des différents échanges qui auront eu lieu chaque premier vendredi du mois avec extraits tweetés le vendredi même, de manière à pouvoir sourcer les textes qui donneraient lieu le jour suivant, samedi, à une sorte de cadavre exquis, réécrit (si la syntaxe, la grammaire ou l'orthographe l'exigent) puis publié ici. Sera systématiquement exclue de cet exercice ma propre contribution et conservée, en guise d'excipit ou de clausule, celle de mon partenaire.

Il faudra voir ici un hommage au travail de recensement de Brigitte Célérier, à l'initiative de François Bon et Jérôme Denis en ce qui concerne l'élaboration et la mise en place des tout premiers vases communicants, mais aussi à celui de Anne Savelli et Pierre Ménard, ceux-ci qui outre le génie de la contrainte productive possèdent également celui des manifestes  à l'instar d'un André Breton.


The Annunciation, 1969, Duan Michals - Gelatin-silver print, Sheet: 4 3/4 x 7 1/8 in. (12 x 18 cm)

#aftervasescommunicants – 07 juillet 2012 – "Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir" (@liminaire, Pierre Ménard) – 06 juillet 2012


Parce que, quoi qu’il arrive, il ne sera jamais l’auteur du texte qu’il traduit
dans une perspective cognitive, on pourrait parler de mapping (M.-A. Paveau) 



La croix verte de la pharmacie qui clignote juste en face de la fenêtre
les petits morceaux éclatent à travers la pièce, dansent, s’éparpillent
Fauré interprété par Frederica von Stade et Jean-Philippe Collard

La nuit passe, et avec elle le souvenir, le remords de ce qui fut
le silence de tes pas
c’est tout simple. Je ferme les yeux



A partir de quelle intensité d’obscurité s’estompe le contour d’un reflet
sur l’enceinte en brique de la villa – une ligne jaune ?

Il ne se souvient de rien de précis, seulement d’un désastre magnifique
ici, c’est le bout du monde
on ne sait jamais comment ça commence, ni où ça va finir

–  mon regard qui parcourait ensuite les hauteurs
cette audacieuse greffe architecturale

voix posée haut, qui gazouille
vent nord-nord-ouest / café / étang sale c’est le vent
surprise stupeur déchirure

Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir
et pour se retrouver soi, l’obligation d’agrandir au flou  

déjà que ta mémoire se troue, que tu as perdu celle des origines
port intérieur oublié des bateaux devenus trop grands



Tu n’étais au départ qu’un cri

sur les villes en friches / dissonance amoureuse
en appui, sur l’arête, par extension, en concurrence

tu entres dans le détail des noms – Finglas, Ranelagh, Glasnevin
tendue / / – force / / ne – dans ses plis – replis – nivelés
bruit des bruits débris de bruits bruit – bruissement – silence

Ce que l’on pense caduque n’en finit pas de croître

Sous les doigts, plus grand chose de toi, sinon
ample absence de ta peau quand le pied glisse

notre apaisement… simplement… l’ombre d’une feuille ou l’ombre d’une main
et n’était plus que ce voyage, elle perdue en regard


(dans ce désir d'envol, @athanorster - Anne Savelli)


Ce qui m'a énormément amusée, c'est que ce texte en l'occurrence peut presque se lire à rebours et faire sens également. A vous de tenter l'expérience et d'en prolonger ad libitum l'exercice en lisant, en écrivant.

Retrouvez le TxT source ici sur Twitter
N'hésitez pas à Twitter, RT ou mentionner, les auteurs vous remercient

depuis
jusqu'à

jeudi 5 juillet 2012

#vasesco - Anne Savelli

Juillet 2012, deuxième #vasesco à peine pour ma part et nouvelle expérience puisque à la différence de Sabine Huynh en mai dernier, je n'ai encore jamais eu la chance de croiser Anne Savelli ailleurs que sur les réseaux sociaux (Twitter ou bien Facebook) sur son blog Fenêtres open space, où elle a eu la gentillesse de m'accueillir en retour aujourd'hui, par mail ou voies postales. Une consigne cette fois-ci simplement, échanger sur cette phrase "ce n'est plus l'heure de réfléchir" que Anne a trouvé et extraite d'un de mes recueils "Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe" récemment trouvé chez son libraire - je l'en remercie très chaleureusement ici. En résultera la forme poétique pour nos deux textes, le mien chez elle, sur ce très beau blog que sont les Fenêtres open space.

Ce n'est plus l'heure de réfléchir 


ce n'est plus l'heure de réfléchir
c'est l'heure de se lancer
heure du lapsus envol
de l'aveu de l'annonce

ce n'est plus l'heure de réfléchir
c'est l'heure de l'épaulé jeté
marteau poids flèche
fil
cheveu
cil

plus l'heure de
certitude équilibre
le mortier, tu le laisses
tu danses sur le bord
fleuve lent
ton pas
invite à s'émouvoir

c'est l'heure du tourbillon
enfantillage errance
parfois s'arc-bouter
l'heure de dire malgré tout
je
non

c'est l'heure de renouer
tu es là et me manques
mais je réfléchis trop
et

trop tard plus l'heure de dire
et construire et détruire
sont devenus
tout comme

barbotine chaux argile arraché à un bras
murs de vent et de verbes
valsent

l'heure de laisser aller
la nuit sur le balcon
soulagement regret
dans ce désir d'envol


Anne Savelli

mardi 3 juillet 2012

#Reading - TABULA RASA - Sylviane Dupuis

... Maintenant quoi ?

rien
ne nous aidera du monde d'avant
ni la vieille illusion, ni même
l'ancien balbutiement des prières :
Job nu, peut-être
sur son tas
connut le mot d'aujourd'hui

passés par le mutisme
opaque et l'égarement,
déconstruits   perdus   jetés
à l'innommable, nous
appelons
         vers Personne - et pourtant
du dedans, du comble du 
défait, obscure et balbutiante
pousserait une voix
verticale
d'une douceur d'une violence telles
qu'on ne l'entend

pousserait une voix
comme une main
comme une rose
comme un corps de clarté

ou l'abîme

- refaisant l'aube
encore une fois,
recomposant le jour en ruine

dimanche 10 juin 2012

Lex-ICON: Series of readings with walks

At The Book Corner (Mulhouse)

with the following authors George Vance, Susana Gardner, Chris Pusateri, Michelle Naka Pierce, Pansy Maurer Alvarez, Lars Palm, Dylan Harris, Jacob Bromberg, Tony Jolley, Andrew Shields, Barbara Beck, Sarah Larivière, Déborah Heissler, Jennifer K Dick, Démosthène Agrafiotis, Nina Karacosta, Maria Damon, Anne Talvaz, Kate Van Houten 
and Estepa, Corrupt, Cheyne, Le Clou dans le Fer, Dusie Versal, Upstairs at Duroc and The White Review

lundi 14 mai 2012

A paraître

Livre d'artiste à paraître pour la mi-juin 2012. "Viennent / en silence", texte de Déborah Heissler, peintures, encres de chine André Jolivet, 9 exemplaires dans un format de 27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd. 950,00 €.


mardi 8 mai 2012

Silence             C'est d'abord un nuage d'abricotiers en fleurs, jaunes ou ivoire, comme mille petits papillons mêlés à l'herbe fraîche, mobiles, dans la lueur des lampes quand la nuit monte. Fragments de rêves. On voit le soleil rouge descendre sur le feuillage, comme une énorme masse d'acier incandescent.

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et de tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus - défi de soie peut-être bien, ou de cuir craquelé.

Tout était devenu chant. La courbe du chemin sous les nuages ici, et là les touches de terre sombre, le vert et le gris, le rose déchiré de la glaise et du gravier sous la pointe des doigts. L'accord surtout était celui de l'ombre et du gazon, feutrés, jusqu'au plus profond du ciel où frémit un battement de plumes heureuses.

Dans ces rêves aussi il y a des noyers noirs, et puis une forêt qui s'ouvre en coup de vent. Rien. Plus rien d'autre que le bruit du vent obstinément.


Lever de lune     Et puis l'averse tout près qui continue d'enjamber les toits dans une tranquillité tremblante. Dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent. [...]

samedi 5 mai 2012


Lorsque le voyageur venu du sud aperçoit Kaboul, sa ceinture de peupliers, ses montagnes mauves ou fume une fine couche de neige [...] il se flatte d'être arrivé au bout du monde. Il vient au contraire d'en atteindre le centre.

Nicolas Bouvier, L'usage du monde, Librairie Droz 1963, éd. Payot 1992. Traces of time, photographie de Fabrice Nadjari et Cédric Houin.

jeudi 3 mai 2012

#vasesco - Sabine Huynh

Sabine et moi échangeons depuis plusieurs mois déjà, par mails, sur les réseaux, via Twitter ou Facebook. C'est avant tout pour moi une amie et traductrice, que j'ai eu la chance de lire déjà, d'entendre également et de rencontrer tout récemment à Paris (lors d'une rencontre-lecture avec le poète Uri Orlev en automne dernier) avec qui j'ai eu envie d'initier ces #vasesco - elle à Tel Aviv avec mes photos de Chine sur ce blog aujourd'hui et moi depuis la France avec ses photos à elle d'Israël sur son site, Presque dire. Quelqu'un que je connais tout simplement et que j'apprécie.

Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages

Les pales du ventilateur tournent, autour de l’arbre les feuilles s’agitent. Le temps brassé se laisse faire, lourd, tiraillé par les cisaillements du vent du sud.

Elle croit entendre tomber des gouttelettes de pluie sur le souvenir. Espace transitionnel, dernier abri de sa solitude. Ce recoin exigu et sans fenêtres, entre un mur et un mur, n’est rien qu’à elle. Cette encoignure, sa chambre, ce cocon où elle peut encore écrire, même si cela ne lui est plus permis.


Elle émerge de ses rêves pour tendre l'oreille, le crépitement cesse. Les pensées-cailloux, quand elles ne bourdonnent pas, trébuchent à chaque question.

Elle serre les dents et se répète qu'il ne faut pas qu'elle les sème. Les dents, les cailloux, peu importe à présent ce qui tombe d'elle comme des feuilles mortes, surtout ne rien semer. Par habitude, se retourner, ramasser, se ramasser, se rouler en boule. S’effacer dans le désir de ne pas laisser de traces. S’éteindre à défaut d’être étreinte.

Elle, c'est celle qui a disparu de la vie, dans l'histoire, très exactement sous des nuages d'orage. C'était un jour forcément moins beau que les autres, un jour à trous d'air enfumés. À quelle heure exactement son envol, personne n'a su le dire.

Elle, celle que l'on cherche encore parfois dans l’épaisseur du gris, faute d'être sûr. Au fond de la cendre s'accumulent autant de papillons inertes que de papillons ressuscités. Au royaume des milliers de sourires et de fleurs volantes, elle se promène les yeux fermés.

Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages. À mesurer : l’empreinte de ses pas dans le brouillard (surface et profondeur), la vitesse de dérapage de ses pieds dans l’air chargé d’effluves, la force et la durée de sa résistance aux flux laminaires contraires, le nombre de résidus de son être contenus dans le ciel. Combien de particules d'elle les cumulus portent-ils en eux, avant de les déverser sur nos yeux, nos joues ? Les traînées de condensation sentent le frottement éperdu de ses ailes brûlées.

Après la saison sèche, la mousson, puis les trains sont passés sous la pluie réelle ou imaginaire et l’hiver est revenu, malgré l’été. La neige chute à travers les déchirures de la trame de l'espace-temps.

En sombrant dans le trou noir de la mémoire collective, elle en augmente la masse informe. Avalée par les creux, elle fait désormais partie de ces absences couleur de ciel. Cette plongée vers le haut la libère aussi vite que la lumière se détache de l'obscurité. Elle brille, puisqu’il fait si sombre. Joue-t-elle à cache-cache dans les nuages ?


L’air est saturé de tristesse. La bulle des émerveillements enfantins a crevé sur la ville encore endormie. Mais la brume peine à dissimuler les contrastes et les zones d’ombre profondes et mordantes. Les fenêtres dévisagent l’incompréhensible, derrière chacune d’elles, le halo de son visage.

L'appeler à s'en tuer la tête : elle ne peut plus répondre. Sa tête à elle est pleine de ce qui ne devrait pas y être, on confond cela à tort avec la tête dans les nuages.

Avec elle ont disparu les nuages, et l’extinction des papillons dans certains endroits de la terre est beaucoup plus grave qu'un mystère. Quand d'elle il ne reste plus que trop de fumée de mer et d'oubli dans un tourbillon de feuilles trop raturées, on l'appelle l'étrangère. Elle dont le nom est de s'évaporer, Ana Nime.

Depuis qu'elle a baissé les paupières,
Personne ne dort dans le ciel. Personne, personne.
Personne ne dort.
(Federico García Lorca, Nocturne de Brooklyn Bridge, trad. Pierre Darmengeat)

Sabine Huynh