samedi 8 octobre 2011

Japon vu de dos - Christian Doumet

Lu ce matin Christian Doumet, entre autres, partagé avec un plaisir à chaque fois renouvelé, lorsque l'occasion s'y prête et que l'on m'y invite. 
Ces trois proses brèves avant tout, non sans rapports avec les remerciements en forme d'adresse de l'auteur, à la toute fin du recueil p.101 : " Ma gratitude à tous ceux qui m'ont aidé à m'orienter sur les chemins du Japon [des Professeurs nombreux, un pianiste, un photographe...]. Au marchand de papier à qui j'ai un jour demandé ma route, et qui sans dire un mot a tracé sur une feuille les signes qui signifient n'importe où ".

De l'indication

Le geste par lequel certains Japonais vous indiquent le chemin, la direction à suivre, la place où vous asseoir, montre plus qu'un chemin, une direction ou un siège. Il montre l'effacement, et pour ainsi dire l'annulation de celui qui montre, devant l'objet qu'il désigne. En un éclair, vous avez saisi l'injonction non comme l'impératif qu'incarnerait un doigt tendu, mais parce qu'il ne reste plus sur terre que vous et le lieu auquel vous êtes soudain, dans cette ellipse, fatalement et définitivement destiné. (p.15)

De l'incompréhension (2)

Le pacte d'incompréhension avec l'étranger fait partie de l'art de vivre. Il comporte ses codes, ses rituels, sa scénographie. Sa politesse, aussi, son élégance. Au point qu'on finit par se demander si l'impair ne consiste pas à tenter de parler la langue du pays... (p.30)

De l'orientation

Combien de plans aurons-nous dessinés pendant ces mois d'affrontement à un espace morcelé et sans nom ! Combien de ces figures esquissées à même d'infimes billets, cartes de visite, bouts de papier, parfois la paume de la main ou quelques traits du pied dans le sable... Idéogrammes de notre égarement, et malgré tout, petites saisies du monde, petites prises de pensée serrée sur son essentiel.
Très remarquable est la part d'imaginaire qu'un esprit déverse dans un plan tracé à la va-vite ; sa part d'illusion, de désorientation, d'aveuglement. Ainsi, sur des coins de table, échangeons-nous furtivement ces fragments de rêve qui fonderont des rencontres pourtant bien réelles, des rendez-vous bien tangibles et nos retrouvailles juste au bord de la disparition. (p.68)

(Japon vu de dos, Christian Doumet, éd. Fata Morgana, 2007)