samedi 3 juillet 2010

Présent à l'esprit ce poème de 1947, où Eluard compare le soleil dans la forêt à un ventre qui se donne dans un lit - si je vous le dis avançait-t-il, vous me croyez et approuvez tous mes désir, « si je vous dis que le cristal d'un jour de pluie / Sonne toujours dans la paresse de l'amour / Vous me croyez vous allongez le temps d'aimer [...] » où, écrivait-il encore La poésie doit avoir pour but la vérité pratique.

5 commentaires:

  1. effectivement ta nouvelle mise en page est somptueuse !

    "La poésie doit avoir pour but la vérité pratique". Tout comme la méditation Zen, qui n'existe pas sans pratique, qui n'est au fond que cela, une pratique, dans celle-ci et par celle-ci résiderait la vérité de l'être là, la présence entière au monde. Le but de la poésie serait donc sa pratique continue et absorbante, cette suite de commencements jusqu'au dernier moment de la vie, jusqu'au dernier moment de l'être là. La vérité ne pourrait être que "pratique", autrement dit, l'existence dans la poésie et par la poésie est le but de celle-ci, un cercle. Une vie accomplit le cercle, on "doit" le vouloir le plus parfait possible, tout comme avec l'encre la perfection du geste demande chaque fois à s'accomplir de nouveau, et chaque fois requiert toute la force de l'être là.

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  2. Merci Nicolas, c'est très gentil à toi. Tu devrais jeter un coup d'oeil sur ces CSS toi aussi. J'attends tout cela avec impatience...

    "La poésie doit avoir pour but la vérité pratique" avait été rédigé en 1947 par Eluard, en réponse à certains de ses amis qui partageaient une vision et une approche lyrique du texte poétique et non politique (ou plus généralement prosaïque et presque pongienne en la teneur - "[...] Est-ce de la poésie ? Je n'en sais rien, et peu importe. Pour moi c'est un besoin, un engagement, une colère, une affaire d'amour-propre et voilà tout" écrivait à son tour le poète Ponge en 1952 "relev[ant] le défi des choses du langage" dans La Rage de l'expression).

    Je te donne ici la fin du poème en question :

    [...] Mais si je chante sans détour ma rue entière
    Et mon pays entier comme une rue sans fin
    Vous ne me croyez plus vous allez au désert

    Car vous marchez sans but sans savoir que les hommes
    Ont besoin d'être unis et d'espérer de lutter
    Pour expliquer le monde et pour le transformer

    D'un seul pas de mon coeur je vous entraînerai
    De suis sans forces j'ai vécu je vis encore
    Mais je m'étonne de parler pour vous ravir
    Quand je voudrais vous libérer pour vous confondre
    Aussi bien avec l'algue et le jonc de l'aurore
    Qu'avec nos frères qui construisent leur lumière.


    J'ai très certainement décontextualisé ces deux premiers tercets de Paul Eluard, mais les commentaires permettant de clarifier les choses si besoin, et bloggant de-ci de-là, lisant, écrivant, je me suis permise de relever ces deux images uniquement - éclatantes, que j'ai trouvé si simples et somptueuses à la fois.

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  3. Décontextualiser des vers permet de les lire autrement, sans être prisonnier d'un sens imposé, voulu, dirigé. Il est difficile de définir les "états" de la poésie, on la dira "engagée" si elle porte sur le politique ou la société ou encore des événements tragiques comme les guerres, on la dira lyrique si elle rêve un peu au bord de la route parmi les feuilles, et on lui prête ainsi toute une trame de qualités plus ou moins définies, plus ou moins précises, plus ou moins justes et justifiées, la poésie ce n'est pourtant qu'un(e) poète(esse) qui écrit sa vision globale du monde, comment alors faire entrer la division des concepts dans un tel organisme...

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  4. Lui avoua-t-elle - déformation pédagopropathotatillonnesque de sa part. Rien de plus sans doute, Nicolas. Il faudra l'excuser.

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