mercredi 22 décembre 2010

Je te parle derrière l'écume   derrière le sang de l'écume     derrière les plumes de l'écume

Je te parle et je prie   devant la ligne de l'horizon   devant les vagues qui avancent   qui pousse leur mufle doux

Je te parle derrière des couchants enrhumés d'or
[...]

Vincent Calvet, La haute folie des mers, éd Cheyne, coll. "Prix de la vocation", 2007, p.9.

mercredi 1 décembre 2010

Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, éd Cheyne, 2010.


Parmi mes souvenirs // il / en est certains dont les images sont / d'une netteté toute particulière, / comme par un trou de serrure [...] parais/sant, surgissant brusquement, comme / si l'on ôtait un écran resté long/temps endormi // Encore une fois // je me souviens. Ardentes et som/bres, les fleurs dans le jardin.// (p. 53)

vendredi 19 novembre 2010

“Ce qui arrive” de Claude Chambard.

Esquisse d’un récit à Sophie



Point de Lettrine ou de miniature (p.13) dans “Ce qui arrive” de Claude Chambard. Le récit commence par une image en forme de palimpseste et dont cependant, on ne saisit quasiment rien ; « ma / et le / n’ont / on / sont » sur la colonne de gauche et « Assyrie / ont filles / elle fait » à droite. Il n’y a là aucun portrait non plus. L’ouvrage est dédié à Sophie simplement - dédicataire du recueil dont nous savons qu’elle est la compagne du poète aussi, celui qui la nommera à plusieurs reprises Fée :

Enfant, [celle qui écrit] des lettres passionnées à l’amoureux qui viendra. [Celle qui apprend] par cœur, les plus beaux poèmes d’amour qu’elle découvre dans de lourdes anthologies […] ou celle encore qui joue inlassablement sur le Pleyel du salon, les Prélude & Fugue n 1, en ut majeur, BWV 846, de Johann Sebastian Bach […]. (p.45)

Comme en échos à ce premier passage, Claude Chambard choisit de répondre par la référence à la photographie et à ses paradigmes lexicaux, tels que ceux-ci puissent immortaliser la figure de Sophie.

On fait des photographies avec le 6x6 noir — de marque Rolleilflex —, on commence les albums de souvenirs, puisqu’on ne peut rien savoir du passé, puisqu’il y a la promesse d’un retour où l’on se souvient au présent — comme dans les livres […] (p.49)




Un récit. C’est un récit qui, petit à petit, de phrases en

images, s’écrit au présent antérieur. Enfant, il s’enivre

dans l’épicerie familiale, enfant elle l’invente dans ses

cahiers. Ils se rencontrent. Il se mélangent. Ils mêlent

leurs deux langues en un micmac de lecture. Deux

langues qui se joignent peuvent tout renverser.

Claude Chambard

jeudi 23 septembre 2010

Dans le hall de l'aéroport, tandis que je patientais pour récupérer ma valise, je tâtais dans la poche de ma veste le recueil de poèmes de Roberto Juarroz, sa Quinzième poésie verticale. La plus sombre et la plus lumineuse. [...]

Les pages du recueil, défaites au coupe-papier, sont jaunies et cornées; la couverture abîmée. Il y a même, à la page 21, le cercle brun d'une tasse de café. C'est curieux, j'avais besoin d'avoir ce livre sur moi, de pouvoir le toucher, à la manière d'un talisman. Les passages soulignés autrefois par maman, à force de les lire et de les relire, je les sais aujourd'hui par cœur, dans les deux langues de ma vie :

"Chaque texte, de chaque forme, qu'on le veuille ou non, est le miroir chatoyant de la furtive ambiguïté de la vie. / Todo texto, toda forma, se quiera o no se quiera, es un mudable, tornasolado espejo de la furtiva ambigüedad de la vida."

"Les noms qui peuplent notre vie nous consolent peut-être de ce qui manque au centre de toute chose. / Los nombres que nos pueblan la vida, nos consuelan tal vez de algo que falta en el centro sin nombre de todo."

"L'apprentissage de l'oubli est d'abord lié au service de la vie, mais aussi à celui de la mort. / El aprentizaje del olvido está primero ligado al servicio de la vida, pero también de la muerte."

"Nous avons parfois l'obsession d'effacer nos traces pour que nul ne nous suive ou puisse vérifier qui nous suivons. / Tenemos a veces la obsesión de borrar las huellas para que nadie nos siga o pueda verificar a quién seguimos."

Enfin, ma valise était apparue sur le tapis. Je l'avais soulevée, elle était lourde puisqu'elle contenait presque tout ce qui m'appartenait : une trousse de toilette, des vêtements, une deuxième paire de chaussures, mon baladeur MP3, des cahiers de notes, des livres, des journaux, le guide Lonely Planet de Buenos Aires, plusieurs stylos. J'avais quitté l'aéroport, seule, personne n'était là pour m'attendre, je n'avais pas prévenu ma mère de mon retour, ni ma soeur. Il faisait froid, mais je me sentais bien. Ces dernières années, à chaque fois que j'étais revenue à Nantes, j'avais senti un peu cela : que c'était chez moi. [...]

Ophélie Jaësan, Iceberg memories, Actes Sud, 2009, p. 31-32.

mardi 14 septembre 2010

Se souvient du nombre absolument incalculable de fois, où il lui avait demandé de cesser ses gamineries - et aussi, de s'y être efforcée

mardi 3 août 2010

Coll. Grise à paraître

Ce n'est plus l'heure de réfléchir. Il ne me reste plus aujourd'hui que le souvenir de cet immense jardin. Les rouges sont un feu dans la terre et les bleus, une nuit d’avant la nuit.

[...]

Poursuivre cette lecture dans la revue en ligne Regard au pluriel de Christine Bauer.

samedi 24 juillet 2010

mercredi 21 juillet 2010

Prendre les sens interdits, sans hâte, en sens inverse. Mais l’autre attentive et souriante, reste inflexible, assistant la première dans ses gestes trop brusques et maladroits. J’ai le sentiment d’être vieux, tout à coup, tandis qu’elles grandissent. Et plus elles grandissent, plus le ciel lui-même augmente. C’est une femme jeune, entre les pommiers ronds, dans la nuit ouverte.

Près de toi,
d’elle, j'ai rêvé parfois à bâtons rompus
le débris des jouets, qui affleure
sous le clavecin orangé-vif, le désordre qui s’équilibre


Puis la curiosité retombe et l’épaisseur des acacias sombre, portée vers l’avenir – Qu’as-tu fait de ton épouse ?

[...]

mercredi 14 juillet 2010

— cette rumeur qui n'en est pas une

qui ne fait aucun bruit,
quand bien même
le vent
se mettrait à souffler
par les chemins abrupts
ainsi
de cette fin du jour
qui s'ouvrent, se déploient
comme on voudrait que le fasse
le temps

[...]

jeudi 8 juillet 2010

Sur la disparition de Laurent Terzieff

Sa voix qui déploie sur le champ de la précision, de la folie de Claudel, toute une naissance sans cesse recommencée : que chaque verset soit une unité, quelle que soit la longueur de ce verset, et qu’à chaque verset appartiennent une scansion, un rythme, une syntaxe propre, c’est cela qui rend Claudel inépuisable, essentiel. Qu’à chaque verset se redonne la langue dans un effondrement différent — la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, ni deux fois à même vitesse.**

Laurent Terzieff lit le début de Tête d’or.



**Laurent Terzieff | la voix de Claudel par Arnaud Maïsetti.

mercredi 7 juillet 2010

Fragments
pour délier les doigts


[...]

fragments
nocturnes préludant

au corps noué
voûté - ici
et maintenant

samedi 3 juillet 2010

Présent à l'esprit ce poème de 1947, où Eluard compare le soleil dans la forêt à un ventre qui se donne dans un lit - si je vous le dis avançait-t-il, vous me croyez et approuvez tous mes désir, « si je vous dis que le cristal d'un jour de pluie / Sonne toujours dans la paresse de l'amour / Vous me croyez vous allongez le temps d'aimer [...] » où, écrivait-il encore La poésie doit avoir pour but la vérité pratique.

vendredi 2 juillet 2010

Coll. grise à paraître

Tu regardes, tu respires la terre un instant. Tu écoutes. Le ciel est clair, les nuages presque entièrement blancs dans la chaleur intense du ciel d’août. Tous les pommiers sont là, leur couronne un peu plus ample, à peine, et c’est un peu de nuit qui coule dans de la nuit, une multitude de petites fleurs qui s'ouvre dans la nuit avec une odeur de semence et de rose, comme un morceau de nuit découpé dans son étoffe.

[...]

Poursuivre cette lecture dans la revue en ligne Terres de Femmes d'Angèle Paoli.

dimanche 25 avril 2010

Et dans ces caveaux qui nous semblent tout de même, certains d'entre eux, un peu trop propres, un peu trop clairs dès que la lourde porte en a été ouverte pour nous - mais elle n'était pas faite à cet usage - comme devient touchante et précieuse, alors, la moindre trace de bleu ou de vert qui vient nous reconduire à notre ciel et à nos prairies de frêles vivants !

Un calme feu, Philippe Jaccottet.

samedi 24 avril 2010

Bouquet de jonquilles éteintes hier au soir, sur mon bureau simplement.

[...]

jeudi 22 avril 2010

Aujourd'hui encore, je me suis demandée si ces lueurs d'orage éclatées soudain, florales, comme presque sans poids, n'ont été qu'un rêve. Réversibilité. Je rêve qu'elles ont bien été.

lundi 5 avril 2010

[...] Perception de cette sorte, établie au-delà des mots, le bruit de la pluie. Et pour que prenne conscience de soi l'idée de la poésie j'avais avancé qu'il fallait que ce soit dans une circonstance tout autre, celle cette fois d'un phénomène dans un vocable, que ce même son, ce même en-soi du son, se fasse entendre.

L'Alliance de la poésie et de la musique, Yves Bonnefoy.