mardi 24 février 2009

Pas plus qu’ailleurs, je ne veux évoquer des fantômes de héros, fussent-ils enchanteurs ou prestigieux. Je n’ai vu que ce que j’ai vu, en presque ignorant, en oublieux de presque tout, vieil homme qui ne s’exalte plus guère, entré qu’il est dans la saison froide ; mais qui, néanmoins, a vu là quelque chose, et qu’il lui importe d’essayer de dire. (Il y a longtemps, peut-être aurais-je su le dire d’un seul poème sans poids, mais j’en ai perdu le secret ou la clef – que ne vous tendra plus aucune main.)

Palmyre, palmeraie : bien sûr, on pourrait se bercer de ces mots, d’autant qu’ils sont, somme toute, à leur place. Mais « Attention ! risque de poésie ! » La fausse poésie vous guette dès qu’un lieu est particulièrement beau, et celui-là l’est plus que beaucoup d’autres : et célèbre, et célébré, et fréquenté aussi bien - moins en ce moment-ci, lourd d’inquiétude.

[…]

Beauté de ses orteils fruités de neige
De ce côté de la lumière où elle est statue
Étrange et brillante et morte un peu
Sous le froid des froids arbres, d’une larme
Endormis dans de la musique, violons cassés
Brûlant de cela qui fut : étranges feuilles
Gelées au revers du feu

         … Et tous ces nids !
Et tous ces corps dans les orangeraies !
Qui faiblement battent au crépuscule
Comme au désastre de l’esprit le violent cœur
Vieilli sous un gémissement de tourterelle
De ce côté très pauvre de l’amour
En son odeur d’urine et de jasmin

           Salah Stétié


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Ph. Jaccottet, “Palmyre”, Un calme feu, éd. Fata Morgana, 2007, p. 49.

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