mardi 30 décembre 2008

mercredi 17 décembre 2008

Je me souviens. Le bleu des nues d'orage et celui de la source, le bleu de la sauge fait pour être froissé dans la main. Et puis les chicorées. Ce bleu d'enfants —,

et la mousse aveugle sur chaque tuile, au coeur du jardin qui s'ensauvage sans retour. Elle a presque déjà la couleur de la nuit — le bruit aussi des feuilles sèches sur les dalles. Un bruit léger.

lundi 15 décembre 2008

Scherzando — J’observe de loin ce tremble dont pas une feuille n’est immobile — la vérité doit être inverse, le ciel semble plus haut et l’heure parfaitement immobile. Sous les branches mouillées après un long silence, le léger bruit de l’eau à peine troublée comme un frisson, d’eau qui déborde, avec l’odeur des feuilles.

Un degré de plus dans le développement de la lumière produit la couleur sur la face inférieure des pétales, couleur à peine visible, chacun d’eux se bombant légèrement — à moins qu’elle ne déborde par le pourtour sur la face supérieure de la jeune fleur, comme de l’encre de Chine sur la marge humide du premier poème — sur la première page

dimanche 14 décembre 2008

Où tout le ciel deviendrait uniforme, d’un gris léger — sauf oui là cette lueur un peu plus claire au-dessus des collines, dans la décantation du jour —,

et si cette nuit n’était autre que la nuit — voir, mais quoi sinon qui s’obscurcit. Désirer, sinon qui meurt. Saisir, sinon s’échappe.

samedi 13 décembre 2008

Les fleurs éclatantes parmi les festons de vigne vierge sombres, et puis la terre jusqu'à l'horizon et la crête de la nuit qui s’enflamment. Les cerisiers ne sont plus que des panaches de neige en lutte avec l’ombre.

Une autre nuit se lève lentement en moi. Chaque minute, chaque heure ainsi charge, comme autant d'appâts nouveaux, de nouvelles harmonies.

jeudi 11 décembre 2008

Ça et là, de grands cercles de plumes éparses sous les nuages, parce qu’il y a allègement, ouverture, allongement de la lumière.

Cette lumière qu'on devine, loin, là-bas, celle qui colore toute la colline au-delà des troncs, comme une lourde étoffe à ramages - où la frange d'ombre glacée s'élargit de secondes en secondes.

mercredi 10 décembre 2008

C’est un nuage d’abricotiers en fleurs, jaunes ou ivoires, comme mille petits papillons mêlés à l’herbe fraîche, mobiles, dans la lueur des lampes quand la nuit monte. Fragments de rêves. On voit le soleil rouge descendre sur le feuillage, comme une énorme masse d'acier incandescent.

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et ce tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus – défi de soie et de cuir.

lundi 8 décembre 2008

Et le souffle du vent, lui, qui est pris dans cet essaim de guêpes furieuses, couleur de soufre balafré de gris au-dessus des collines. Je ne sais ce que c’est. Un bleu rompu de violet et de rose dans le brasier bourdonnant de la nuit ?

vendredi 5 décembre 2008

Une lecture tardive hier soir de Jalel El Gharbi, reprise au matin :

... [...E]lles rusent poétiquement. Personne ne m’empêchera d’entendre le verset ainsi : elles rusent parce qu’elles sont aussi métaphores, comparaisons.

Où la fidélité au verset coranique, m'importe moins que l'énumération poétique, vetigineuse, des qualités attribuées à cette Ève improbable, au jardin.

Les femmes rusent par leur parenté avec la pomme, la distance, le lever du jour, l’extase, les fraises, la stance, les roses, le thym, le miel, le nid, les fleurs, le sucre, le papillon, les vagues, la violette, le sapin, le lait, les dunes, la strophe, le saphir, la diérèse, la perdrix, la source, le château, la constance, le feu, le savoir, le pétale, le clair, le diamant, la sonate, la coupe, le potager, le jour, la perle, l’air, la pêche, les amphores, la galette, le réséda, la proximité, la feuille, la parole, la forêt, la libellule, la poésie, le lierre, la fourrure, la laine, le rouge, la cabane, l’étoile, le pommier, le riz, l’abricot, le rubis, la découverte, le silence, la brise, le coquillage, l’opale, l’obscur, l’algue, le cristal, la cigogne, l’amandier, la synérèse, la sirène, la cerise, l’ivresse, l’air, l’oasis, le verger, le violon, la chasse, la guitare, la statue grecque, le vertige, le jus d’orange, la jasmin, le lys, la montagne, le bijou, la forêt, l’inconstance, la douceur des fricatives, la friandise, l’émeraude, le soleil, la barque, le galet, la nuit, le sel, la lune, la lettrine, la fontaine, l’abricotier, le vin, la danse, le chant, la musique, la fraise, le bleu, la colline, le pigeon, le romarin, le violet, le pin, le poème, la partition, la neige, l’herbe, le sable, l’arc-en-ciel, la connaissance, la topaze, la pêche, l’escale, la lettre, l’améthyste, l’éclaircie, la beauté.

« Grande est leur manigance » [...] ...

jeudi 4 décembre 2008

Ceci n’est pas un poème. Note. Il ne devrait pas tant s’agir de dériver réellement et inductivement, que de comprendre la perspective poétique, l’arrangement ultérieur du poème qui permet que la pensée parle et que la parole parle de la pensée.

Notes à nouveau. L’enjeu d’une œuvre qui fait que dehors soit ce que l’on vit ici, dedans, et qu’ici comme là, tout soit à la limite il/limité.

mardi 2 décembre 2008

Dépossession et abandon, mais aussi expansion - c’est-à-dire mise en disponibilité totale, l’ouverture au monde témoigne du mode d’appréhension de la réalité.

Un battement de paupières et l’œil constate.

lundi 1 décembre 2008

C'est par ses reprises, ses hésitations ou ses suites multiples - ces chemins embrouillés du rêve qui reviennent en arrière et dont quelque fois même les images sont perdues - que le poète empêche toute retombée dans les engrenages du monde usuel.

A propos de Baudelaire et de son poème « Les plaintes d’Icare », Michel Deguy évoquera le fait notamment qu’Icare, entendre ici le poète, pourrait être un « [...] étreigneur de nues
(« nuées ») »*. Aussi est-ce dans le jeu de cette homonymie nues-nuées ou « à peu près », précise-t-il par ailleurs, que l’intention poétique reste susceptible selon lui de poursuivre sa parabole. Ce faisant, Deguy établit l’association métaphorique du féminin, corps, et des « nuées » / nues à étreindre.

Chez Jaccottet en revanche, le discours poétique semble obéir à un autre consensus des signifiés, qui serait celui plutôt de l’embrasement (« embrassement »). Un accord élémentaire qui ne semble pas tant rapprocher le corps et l’âme, que deux infinis infiniment. Il est ainsi possible de relever que l’image récurrente de la « cendre parfumée »** chez lui, consacre l’altération comme la fraîcheur, un embrasement de la nuit qu’on ne parviendra pas à décrire autrement que par le biais oxymorique d'un « glacial incendie »***, définitivement éteint sur le miroir du ciel :

[...] si c’est une tombe, elle est grave sans tristesse, sombre sans désespoir, et c’est encore un monument. Le sombre et le clair, le lourd et le léger, tout est soumis à des lois si grandes, si souveraines, qu’il n’y a aucune place ici pour la mélancolie, ni pour la crainte, ni pour une seule défaillance.

Et Jaccottet de conclure dans « Prose au serpent »**** :

L’esprit des augures, s’il n’y commande plus depuis longtemps, pourrait persister encore en ce lieu, comme le sourire d’un ancêtre sur le visage d’un lointain descendant.

--

*A ce propos, « Le Corps de Jeanne », Poétique 3, 1970, p. 338-339.

**Ph. Jaccottet, « Vérité, non-vérité », section Airs, in Poésie 1946-1967, préface de Jean Starobinski, Gallimard, collection
« Poésie / Gallimard », no 71, 1971, p. 98.

***Ph. Jaccottet, « Lune d’hiver », ibid., p. 100.

****Ph. Jaccottet, Paysages de Grignan. Douze eaux-fortes de Palézieux, La Bibliothèque des Arts, Lausanne, 1964, n.p. (prose reprise sous le titre « Paysages avec figures absentes », Paris, Gallimard, 1970, 184 p, réédition 1976, p.99.)

dimanche 30 novembre 2008

le parfum de la figue, dérobé loin
l’aube, les collines et l’aimée

et tout autour la terre
et le ciel, bleu et sombre
d’acier, d’orage

un pas, rien de plus et
je ne sais quoi de poignant

samedi 29 novembre 2008

Orante corps tordu

— loin après la nuit
passée outre

la corde unique, altérée

vendredi 28 novembre 2008

brûle murmure appelle
l’extraction lente de nos gestes

tu sais mieux que moi l’oubli
guidée par nos mains, tu sais

mieux que moi la distance exsangue
des commencements de cendre

jeudi 27 novembre 2008

loin où l’air coule
— lave

d’huile noire, l’Eden
d’un visage

Les premiers extraits donnent l’impression de notes jetées au hasard et, précisément, je relis mes notes — satioonis, action de semer. Săto.

Blog. Notations quotidiennes d’un tel, ou de tel autre, où l’objectif central reste la descente en soi par fragments, éclats, ou quelquefois miniatures, qui finissent par y apparaître comme l’appropriation d’une forme significative du monde.

(En pensant à Ophélie Jaësan, dimanche 23 novembre 2008.)

Notes. On y inscrit ce dont on doit se souvenir, on s’y interroge sur l’advenir — semaison — et le devenir. Journal.

mercredi 26 novembre 2008

Une attention équivalente est prêtée à chaque chose et les instants deviennent indifférents - il pleut.

Murmures du vent et de la pluie. Debussy. Où chaque note vient porter sa propre signification, comme il se pourrait qu’une bulle d’air également soit prononcée sous l’eau.

mardi 25 novembre 2008

Si la note à ce moment, le moment noté, fait silence, le saisir en poème implique lui non pas tant un effacement, que la question plutôt assurément posée d’un parler sans images, d’une volonté d’aller au-delà de ce que propose l’image, de la mettre sous tension, de travailler sur les blancs que provoque cette agogique nouvelle, cette mise sous tension du poème.


lundi 24 novembre 2008

Brouillard épais devant la vitre ce matin. Blanc entier. Masse blanche, entièrement - blanche à couper au couteau.

On y entre les os en avant.

dimanche 23 novembre 2008

Dis encore cela patiemment, plus patiemment
ou avec fureur, mais dis encore


écrivait Philippe Jaccottet, que je cite de mémoire. Soit cet autre moment où cesser de s’interroger seul à seul uniquement, sur le « parler » pour « dire » et « faire dire » impérativement dans un poème, nous explique Hédi Kaddour.

Le poème parce qu’il est poème et expérience qui vise à atteindre au-delà des mots ce vide ou cet absolu que la langue postule, est alors seul capable de « travailler sur l’innommable de l’agonie », tel un chemin qui ne soit « ni imposture ni geignement ou prétexte à larmoyer sur de la cendre ».

--

Voir à ce propos l’article que Hédi Kaddour consacre au recueil de Philippe Jaccottet, « En autre langue que de bête », in La Poésie de Philippe Jaccottet, textes réunis par Marie-Claire Dumas, Paris, éd. Champion, coll. « Unichamp », 1986, p. 173.

samedi 22 novembre 2008

Les rochers, ces masses solides, pesantes, rugueuses même dans la lumière du jour, avec tous ces termes de pierre et de terre, ces masses muées en paysages de buée, de vapeur.

Ephémèreté de la lumière. Essayer non pas de prendre la lumière comme le mot « lumière » uniquement, le mot « lumière » de tous les jours, mais en essayant de le travailler.

Fleurs, oiseaux, fruits, c’est vrai, je les ai conviés, / je les ai vus, montrés, j’ai dit : / « c’est la fragilité même qui est leur force », / facile à dire ! [...]

Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver suivi de Pensées sous les nuages, Paris, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1994, p. 77.

vendredi 21 novembre 2008

À observer cette toile, l’insistance est partout portée sur cette dialectique complexe – que nous pouvons tous et toutes vivre avec une incessante intensité –, qui oppose et synthétise à la fois le sentiment d’être et celui de néant, de présence et d’absence, de doute et de désir, et pour le jeune peintre chinois, Junsheng Guo, de familiarité et d’étrangeté, d’Orient et d’Occident.

Du paysage, la description manque aussi bien l’intimité que l’altérité. Il n’y aura pas de paysage dans ce Printemps - c'est là le titre de la composition. Se voulant objective, sa description en sacrifie la vérité intérieure, au profit d’une réalité toute extérieure, qui devient étrangère. Se voulant exhaustive, elle en fige les altérations, et méconnaît la part de mystère qui est à la source de l’émotion poétique et visuelle.

On peut décrire et décrire encore mais la surprise et l’émotion viennent d’un foyer plus secret, antérieur à la description. Pas d’arrière plan, de fait, à la Joconde bleutée du premier plan. La juxtaposition simplement, le collage, du portrait, des fleurs de prunier et de l’oiseau.

Par notes successives, les citations picturales viennent corroborer ce que le peintre avoue ouvertement avoir « voulu dire » avec le sentiment, toutefois, de ne pas y être parvenu pleinement.

La pensée du peintre Guo semble ainsi s’obstiner sur l’image remémorée d’un tableau, qui peut s’interpréter selon ses différentes stratégies de signification ou bien dispositifs symboliques ; interroger ici un visage une vie durant, et une vie durant faire en sorte que ce visage nous interroge.

jeudi 20 novembre 2008

Ces lueurs au cœur de l’obscurité disent toutes quelque chose au poète. Vague intuition d’un sens pressenti dans l’émotion de la rencontre. Juste un pas, rien de plus. Un pas aventureux.

La neige sur le Ventoux, loin, au soir, quand le ciel devient bleu sombre, gris, presque noir, et tout le paysage aussi de plus en plus sombre : brun, vert, noir – cette tache lointaine est comme une lampe allumée, non, pas une lampe (de nouveau je me heurte à l’inexprimable), une lueur, je ne sais quoi de poignant, comme quand un oiseau montre le côté lumineux de ses ailes en plein vol, allumé soudain comme un miroir touché par le soleil [...]

Enigmes à décrypter dans l’éclat - neige, diffracté dans le ciel et sur les sommets. Lueur, reflet. Le cœur manque dans l’invasion de lumière, il se serre dans l’invasion de l’obscurité.

[...] ou serait-ce plutôt par la lune, à cause de cette blancheur, ce reflet lunaire – et tout autour terre et ciel bleu sombre, bleu acier, bleu corbeau, bleu d’orage, cet assombrissement qui montre, en son cœur, ce peu de neige [...]

Bleus. Blanc. Entrer dans l’hiver ...

--

Extrait cité : Ph. Jaccottet, La Semaison I, Paris, Gallimard, coll.
« Blanche », 1984, p. 173.

mercredi 19 novembre 2008

Je n’ai plus touché à un piano depuis des mois. Zhu, une de mes étudiantes, me demande de jouer quelque chose avec elle pour la Fête de Noël.

Je lui propose Ravel, qui me semble abordable – Ma mère l’Oye.

dimanche 16 novembre 2008

Pris froid cette semaine. Je ne sors pas de chez moi et lit Wang Meng, un auteur découvert tout récemment. Ses nouvelles datées de 1980 notamment - Le Papillon entre autres textes.

vendredi 14 novembre 2008













Le Maître dit :

— Celui qui cultive la sagesse et ne cesse de la cultiver n’y trouve-t-il pas de la satisfaction ? Si des amis de la sagesse viennent de loin recevoir ses leçons, n’éprouve-t-il pas une grande joie ? S’il reste inconnu des hommes et n’en ressent aucune peine, n’est-il pas un vrai sage ?

--

Sur la musique :

L’empereur et tous les princes avaient des musiciens qui jouaient pendant leurs repas, pour les exciter à manger. Les morceaux de musique et les directeurs de musique étaient différents pour les différents repas.

La dynastie des Tcheou venant à déchoir, la musique tomba en décadence. Confucius, en revenant de Wei dans sa patrie, restaura la musique. Dès lors, tous les musiciens, depuis les premiers jusqu’aux derniers, connurent parfaitement les règles de leur art. L’autorité du prince de Lou devint de plus en plus faible ; les trois fils de Houan s’emparèrent du pouvoir et l’exercèrent arbitrairement.

Alors tous les musiciens, depuis le directeur en chef jusqu’aux derniers, furent assez sages pour se disperser dans toutes les directions. Ils traversèrent les fleuves et passèrent les mers, fuyant loin de leur patrie troublée.

Les Quatre Livres — III. Entretiens de Confucius et de ses disciples. Traduit par Séraphin Couvreur (voir ici).

jeudi 13 novembre 2008

黯乡魂, 追旅思
                  l’évocation du mal du pays qui poursuit le voyageur

很快进入梦乡
                  du sommeil profond qui vous saisie à la tombée de la nuit
L'automne comme un regret de printemps





     

Par bribes qui me reviennent 碧云天, 黄叶地 Palais d'été
                
L’évocation de la couleur des nuages dans le ciel, de la couleur des feuilles jaunes sur la terre

mercredi 12 novembre 2008

Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rouges.

De belles jeunes filles nobles habitant des pavillons rouges, s'appuyant contre des balustrades laquées de rouge, soupirant en pensant à leurs amants vêtus de rouge.

On m'explique. Dans bon nombre de poèmes, rédigés sous la dynastie des Tang ou des Song, le pavillon rouge était situé dans le lointain, inaccessible, même pour un lettré prometteur.

Rouge omniprésent. On imagine le pavillon rouge, on ne le décrit pas, au contraire du pavillon vert.

mardi 11 novembre 2008

Elle avait des mouchoirs rouges, dormait derrière des rideaux rouges, posait sa tête sur un oreiller rouge,

portait des vêtements rouges, maquillait ces joues, ces lèvres, ces ongles, de rouge - la belle Hongxiu

ses rouges - en me levant, je photographiais une chambre, rouge, dans un Houtong de Beijing.

jeudi 6 novembre 2008

Séjour de cinq jours dans la capitale. Nous partons ce matin.

mercredi 5 novembre 2008






                Brusque retour de mémoire – le soleil du matin sur les pierres. Combien de jours à présent, sur les branches nues avant la fleur et le fruit ?






                Tout cela n'est que nuances – les premiers oiseaux que la clarté dissémine, ignorants des heures et des saisons. Entends-tu ?
Quelques cartels rédigés hier soir pour une aquarelle de Van Gogh, un dessin de Pierre Paul Sevin, des huiles de Zao Wou-Ki.

Je relis Du Bouchet et Michaux, découvre les nouvelles de Wang Meng, Ba Jin. Les livres se font échos et se répondent au fil des jours, reprenant leurs thèmes fondamentaux.

mardi 4 novembre 2008

Cours de grammaire française pour commencer la journée, oral un peu plus tard dans les bâtiments du Yifu Lou.

Ce matin, je m’attarde sur la composition d’un paquet de nouilles chinoises qui me fait l’effet d’un court calligramme dactylographié, jeté sur l’emballage plastique.

Désordre savant des idéogrammes devant mes yeux.
Je provoque un sourire sur le visage amusé de ma collègue, qui parle couramment chinois.

lundi 3 novembre 2008



Il pleut sur Xiangtan Daxue, depuis plusieurs jours maintenant.

Ces brefs passages de pluie sur les feuilles avec le bois usé par le temps, le bruit des parapluies qu'on froisse en les ouvrant. On m’explique que l’hiver, ici, sera humide.

La beauté aussi de ces jardins, insaisissable et soustrait à tout espoir de formulation.

L’air d’un blanc déjà cru, devient éblouissant quand déferle les nuages bas, épais, leurs trouées mobiles, sur la toison d'herbe qui recouvre le parc.

Un paysage se défait et s’effondre, bascule ce matin sous les nuages gris de novembre - qui semblerait hanté, et comme agrandi, par le pressentiment d’une saison plus vaste.

dimanche 2 novembre 2008



我們第一次見面時,我一個法文字都不會說,而米修則一個中文字都不會講。 但我們心靈相通。我們的共同語言是繪畫。

趙無極
Traduction chinoise, Wong Yan Tak

Notre première rencontre date de là. Je ne parle pas un mot de français. Michaux pas un mot de chinois. On se comprend très bien. Notre langage commun, c’était la peinture.

(Hommage à Michaux), Zao Wou-Ki
« Signes
 non de toit, de tunique ou de palais
 non d’archives et de dictionnaire du savoir
 mais de torsion, de violence, de bousculement
 mais d’envie cinétique »
                (Mouvements), Henri Michaux.

samedi 1 novembre 2008

一剪梅, 李清照

红藕香残玉簟秋。
轻解罗裳,独上兰舟。
云中谁寄锦书来?
雁字回时,月满西楼。

花自飘零水自流。
一种相思,两处闲愁。
此情无计可消除,
才下眉头,却上心头。

Fleur de prunier coupée, LI Qingzhao.

L'odeur des racines de lotus rouges pénètre la natte de bambou et l'oreiller de jade.
Subtilement je dénoue ma jupe de soie ; seule sur le bateau orchidée.
Dans les brumes, qui a envoyé ces étoffes et ces livres ?
Quand les oies sauvages reviendront, la lune sera pleine au pavillon de l'ouest.

Les fleurs se fanent ; l'eau s'écoule
Un seul ardent désir de l'autre, mais deux endroits de remords solitaires
Certaines émotions ne sont pas contrôlables, elles restent, inextingibles,
Sous les sourcils et sur le coeur.

Traduction : http://florent.blog.com

vendredi 31 octobre 2008

Il pleut sur Xiangtan. Les nénuphars partent en vrac dans les bassins de l'université, la terre et les arbres sont imprégnés d'humidité. Saisi, quitté par de brefs sommeils, je ressens toujours mieux cette invasion de l'étendue.

Tout s'isole, se dépouille, se resserre sur soi-même dans le froid qui tombe, retrouve la gravité, la paix qui porte jusqu'à l'horizon, à la fois proche et tellement lointain.

Et si tout était d’un seul coup englouti dans la dévoration calme de ce bout du monde, et que plus jamais je n’avais besoin de partir ?


"La forêt de Mogari" de la Japonaise Naomi Kawase, tourné dans la belle cité historique de Nara, près de Kyoto.

jeudi 30 octobre 2008

sous l’écorce rougeâtre
l’étreinte de l’aimée


l’intérieur du fruit
la nuit, l’oranger

mercredi 29 octobre 2008


ouvrir les yeux c’est être réduit au réel

les clore c’est s’apparenter aux ténèbres

« C’est pourquoi “ pénétrer au cœur du réel ” et “ pratiquer une introspection ” marquée par le doute et l’esprit critique sont un seul et même acte. [...]

La seule chose qui puisse être dite et ne jamais être dite : “ expérimenter ” son propre extrême. »

Zao Wou-Ki / Yang Lian, Là où s’arrête la mer [extrait traduit du chinois par Chantal Chen-Andro] aux Éditions Caractères, Paris, février 2004.

mardi 28 octobre 2008


Novembre, j’y reviens ici, plus doux et plus lumineux que jamais. Cette ivresse de lumière sur le parc, hier encore, avant de retrouver les bâtiments du Yifu Lou.


Ou devrais-je dire sur le campus plutôt, tout le campus, entièrement pensé comme un beau jardin de printemps.

Un autre rythme s’est installé depuis mon arrivée à Xiangtan Daxue, moins rigoureux. Le nouvel an et ses neiges me semblent si lointains pour l’instant. Zao Wou-Ki, là aussi et encore une fois.

J’ai besoin, je m'en rends compte, de rouge et de laque. Un besoin organique et quasi physiologique, essentiel, de verts profonds et de bleus tendres qui collent à la rétine pour vous porter plus loin et toujours plus ailleurs, à l’orient de toute chose.

dimanche 26 octobre 2008


Je regarde tout cela. Les arbres nus, leur sève monte. Sous nos pas, d'infimes fleurs bleues ou blanches, quelque chose d'aigu tout à coup parmi les arbres encore dépouillés.


C'est novembre qui commence.

Les grandes constellations là-haut paissent et piétinent en cercle au-dessus des toits avec des couleurs d'encre, assez semblables aux taches de lavis du peintre Zao Wou-Ki, à la Galerie Nationale du Jeu de Paume.

Exposition proposée par Daniel Abadie, dans le cadre de l'année de la Chine, Paris, 2003 : voir sur creativtv.net.

samedi 25 octobre 2008

Paris, Hong Kong, Changsha, Xiangtan ; je retrouve l'université et mes étudiants la semaine prochaine.

mardi 21 octobre 2008

samedi 18 octobre 2008

Profond, élémentaire, dérobé, premier bleu des lavandes, et la lune presque pleine. Et cette tache d'un pâle gris, à mi-colline, et l'oblique essaim des feuilles qui hésite et se pose comme une troupe d'oiseaux. Et le vaste espace des prairies sous le ciel où descendent les nuages couleur de lait. Fragments de rêve.

Le temps file entre mes doigts opérant une mise à distance du réel. Sentir le lieu à l’œuvre.


Trouvé le temps d'écouter Herbie Hancock tout de même, hier soir à la Filature avec un ami.

vendredi 17 octobre 2008

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et ce tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus – défi de soie ou de cuir, peut-être bien.

lundi 13 octobre 2008


13h et quelques minutes, aéroport de Hong Kong. 10 heures d'attente environ avant de pouvoir atterrir à Paris. Arrivée à Roissy Charles de Gaulle demain vers 6h30 du matin, puis RER, puis TGV ...

Mes 4ème années font un stage linguistique à Canton, pendant deux semaines. Je profite de ces quelques jours pour envoyer des manuscrits, régler des papiers.
Ces frissons de fin d'après-midi, la lumière dorée et les ombres profondes du soir très bas au-dessus de l’horizon. Tu regardes. Tu respires la terre un instant. Le ciel est clair, les nuages presque entièrement blancs dans la chaleur intense du ciel d’août. Lever de lune.

C'est une multitude de petites fleurs qui s'ouvre dans la nuit avec une odeur de semence et de rose, comme un morceau de nuit découpé dans son étoffe.


Paysages de Guilin dans le Guangxi.

dimanche 5 octobre 2008

Tout était devenu chant ; la courbe du chemin sous les nuages ici, et là les touches de terre sombre, le vert et le gris, le rose déchiré de la glaise et du gravier sous la pointe des doigts. L'accord surtout était celui de l’ombre et du gazon, feutrés, jusqu'au plus profond du ciel où frémissait un battement de plumes heureuses.
Dans ces rêves aussi il y avait des noyers noirs, une forêt qui s'ouvre en coup de vent. Rien que le bruit du vent. Et l’averse qui continue d’enjamber les toits dans une tranquillité tremblante, dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent.

dimanche 28 septembre 2008

Qu’est-ce que j’ai voulu dire là, et que j’ai dit si mal ? Encore une fameuse extravagance ; une chose à peu près impossible à penser et à dire. […]



(Il faut dire les choses comme elles étaient, mais c’est là que les difficultés commencent.) Quelque chose, une fois de plus, dans ce lieu, m’a surpris et m’a émerveillé (il n’y a pas d’autre mot, bien que l’usage ait tellement affaibli celui-ci, comme maint autre).

Ph. Jaccottet, « Apparition des fleurs », section Après beaucoup d’années, in Cahier de verdure, Paris, Gallimard, « Poésie », 1994, p. 77-78.

Dans la nuit me sont revenues, avec une intensité pareille à celle que produit la fièvre, d’autres images de promenade ; au sortir d’un de ces rêves où l’on voudrait que certain nœud moite et vertigineusement doux ne se dénoue jamais. Cette fois-ci, c’était toujours de la réalité, un morceau du monde, et en même temps une espèce de vision, étrange au point de vous conduire au bord des larmes (cela, donc, non pas sur le moment, mais dans la nuit qui a suivi, devant, telles qu’elles me revenaient, ces images insaisissables d’un fond de vallée perdu où pourtant nous étions réellement passées).


Ph. Jaccottet, « Hameau », section Après beaucoup d’années, in Cahier de verdure, Paris, Gallimard, « Poésie », 1994, p. 145.

lundi 18 août 2008

L’important est que l’on sache qu’il y a au-delà du texte quelque chose – non pas quelque chose de supposée ou d’imaginaire mais un élément du réel qui appelle le regard.

jeudi 14 août 2008

vendredi 1 août 2008

Vu récemment "Balzac et la petite tailleuse chinoise", un roman adapté en 2002 par Dai Sijie avec l'aide de plusieurs cinéastes.

L'histoire d'une rencontre entre deux adolescents envoyés en rééducation - le contexte historique est celui de la Révolution Culturelle - et la fille d'un tailleur qui habite la campagne. La lecture de Balzac bouleverse sa vie.

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Miào ou merveille. Il existe beaucoup d'autres idéogrammes composés avec le signe de la femme qui concourent à montrer qu'il fut en Chine un temps ancien où les femmes n'avaient pas le statut dévalorisé que la tradition leur a imposé ...

Les différents sens actuels du caractère miào restent toujours reliés en filigrane à l'émerveillement de l'esprit chinois devant ce flux puissant et profond, invisible et fécond, ainsi qu'à la soudaine stupéfaction que provoque le fait d'y être abruptement confronté.

Cyrille J.-D. Javary.

dimanche 27 juillet 2008

Rabindranath Tagore

De peur que je n'apprenne à te connaître trop facilement,
tu joues avec moi.
Tu m'éblouis de tes éclats de rire pour cacher tes larmes.
Je connais tes artifices.
Jamais tu ne dis le mot que tu voudrais dire.
De peur que je ne t'apprécie pas, tu m'échappes de cent façons.
De peur que je te confonde avec la foule, tu te tiens seule à part.
Je connais tes artifices.
Jamais tu ne prends le chemin que tu voudrais prendre.
Tu demandes plus que les autres, c'est pourquoi tu es silencieuse.
Avec une folâtre insouciance, tu évites mes dons.
Je connais tes artifices.
Jamais tu ne prends ce que tu voudrais prendre.

(Le Jardinier d'amour, XXXV)

mercredi 23 juillet 2008

la lumière aux branches nues
se fige et fait silence






comme une mesure
du temps

dans l’acte de connaître
et de nommer

vendredi 11 juillet 2008

à dévorer le jour
aussi visages corps – peaux

Corot
Lorrain



_


l’aube semble
une couleur tombée du ciel

vendredi 13 juin 2008

Dehors c’était un ciel brûlé — chants d’amour. On ne pense à rien. — Chants d’amour, de Hafiz. Chants d’un muezzin amoureux. Piesni muezina szalonego, opus 42 — Le Muezzin passionné,

un troisième cycle qui est plus tardif, composé en 1934. Il orchestre quatre des six chants du cycle avec accompagnement de piano écrit en 1918, sur des poèmes de Jaroslaw Iwaszkiewicz.

vendredi 6 juin 2008

Ce lieu diurne d'inadvertance, sève feutrée des veilles singulièrement proche encore, presque trop.

Il m’a suffit de quitter son plie pour admettre que la nuit décline. Que demeure l’éphéméride seul des moments passés avec toi. Le truisme de l’oubli de toi. Conformité étroite au regard.

jeudi 15 mai 2008

Toi-rien, puis toi exactement.
La scène est noire, pour tout signe, Terre, étreinte,

Union d’ici découpée en cingle d’horizon,
ganté, comble et bleu.

vendredi 2 mai 2008

L’idéal serait de pouvoir seulement dire les choses - les situer ou les laisser paraître. C’est ce vers quoi tend parfois l’annotation que pratique Jaccottet dans ses carnets ou par ailleurs encore le fragment versifié dans Cahier de Verdure, une écriture favorisée par une tonalité singulière, de la lumière, du moment, qui perce à la surface.

lundi 21 avril 2008

couleur légère de paille
rousse rougeâtre

non sans rapport avec l’image
dont tu te saisis





d’un
figuier en fleur

samedi 19 avril 2008

à moins qu’elle ne déborde
par le pourtour, la couleur

sur la face supérieure
de la jeune fleur





comme de l’encre
de Chine sur la marge humide

de la première page

dimanche 23 mars 2008

Jaccottet à nouveau. La neige, comme la pluie et ses fins réseaux qui maillent le paysage, appartient aux motifs récurrents d’une œuvre où le langage se conforme non seulement à l’élémentaire dans ce jeu passionné de l’ombre et de la lumière, du noir et du blanc, des formes avec l’informe, mais également sollicite l’absente, une présence mesurée dans le vif de la disparition et qui très certainement se dérobe à toute description, verger, ou encore figure féminine qui plus simplement investit un jardin.

lundi 25 février 2008

Multiplier les lignes qu’est-ce d’autre que refuser la signification et la certitude à une seule ? L’impossibilité de celle-ci, pourtant, tout comme l’impossibilité face à la mort et à sa réalité, sans cesse plus estompée, est à chaque fois celle que l’on tente de saisir.

mercredi 20 février 2008

Asymétrie. Altération. L’impossibilité de s’arrêter à la partie, tout en nous plongeant dans l’expérience d’une troublante dissémination renvoie également au tout, au paradoxe d’une œuvre inlassable, incessante, « inachevée », qui pourtant ne cesse de véhiculer une totalité (ou plutôt comme le mouvement et l’exigence d’une totalité).

jeudi 31 janvier 2008

Transfert rhétorique qui fait de la langue du poème un équivalent de son modèle architectural - ne manifestant pas une forme d’hiératisme linguistique, à la fois pérenne et communicable (dans la mise en œuvre de la rime, de la figure ou de l’énoncé phrastique uniquement...).

mercredi 23 janvier 2008

Tragédie d’adultes en réminiscence de jeux d’enfants, eux-mêmes en réminiscence de tragédies plus immémoriales.

Perdre d’abord le langage et croire se perdre dans cette perte même ; faire l’épreuve d'une incapacité des mots à vous relier au monde, avant de les voir faire retour et porter dans un rythme autre, qui les rend uniques, tout le poids de l’énigme.

--

Ecouté cette pièce pour piano préparé, de John Cage

jeudi 17 janvier 2008

Si cet espace et ce temps relèvent d’une expérience humaine au quotidien, cette expérience est toujours ordonnée par et dans le langage selon des unités lexicales, des données morphologiques, des constructions syntaxiques et des processus discursifs.

dimanche 13 janvier 2008

Là où s’achève la terre, quand l’esprit est saisi par l’alliance des contraires - ou encore l’irréductibilité d’une métaphore -, se creuse alors le mystère et l’angoisse du temps, son épaisseur, l’enveloppement des mots.

jeudi 10 janvier 2008

Notations quotidiennes de E. de J. ou de H. où l’objectif centrale reste la descente en soi. Il me semble que l’atomisation textuelle apparaît à chaque fois et chez chacun d’eux comme l’appropriation d’une forme significative du monde. Une forme qui correspond le mieux au projet qui l’habite.

mardi 8 janvier 2008

Pourquoi sommes-nous si obsédés d’interrogations sur la modernité, sur la question de la modernité, et de la rupture ? Bien sûr, il y a une dimension historique à cela. —

Hidetaka Ishida, Le temps des œuvres, Mémoire et préfiguration, [conclusion].

samedi 5 janvier 2008

Temps sans présence aussi, sans événement, temps sans consolation, trame usée, vide. Ce qui y vient, à bien regarder ne fait que revenir. Tout avec le temps revient, avec la douce obstination de ce qui n’a qu’une existence improbable et injustifiée - Pour mémoire.

jeudi 3 janvier 2008

On entre dans un autre territoire, celui du rêve éveillé, qui est la première échappée. Le rapport à l’espace est alors de transfiguration et d’extrême fragilité.

[...]

Il est un paroxysme de la déshérence - le moment où celui-ci se transmue, état indéfinissable et intermédiaire peut-être, entre la terreur et l’extase, l’euphorie et la commotion, en une sorte de jouissance et d’effroi.

mardi 1 janvier 2008


Ne peut-on rêver d’une plus grande «transparence », dans laquelle les choses seraient simplement situées, mises en ordre avec les tensions que créent les distances, les accents particuliers que donne l’éclairage ? Les blancs, loin de les séparer, permettent d’entrer dans une multitude de rapports, d’autant plus ouverts qu’ils sont simplement suggérés.


Vincent Van Gogh, Pont-Levis à Nieuw-Amsterdam.