lundi 31 décembre 2007

Le peintre comme le compositeur célèbrent l’échange d’autant plus juste entre la chose et les signes, qu’il est le fait d’une adéquation entre l’expérience du poète étranger et celle du traducteur.

L’un étranger, et l’autre toujours en deçà ou au-delà des choses, de la chose notée - proposition.

dimanche 30 décembre 2007

[...] Cet exercice de la rencontre, mené avec constance, et même entêtement, qui vaut ces moments qu’il importe absolument de recréer par l’écriture. Il convient pour cela d’aller de-ci delà, un pas moins vite.

samedi 29 décembre 2007

« Qu’est-ce donc que le chant ? / Rien qu’une sorte de regard » , répond Ph. Jaccottet, fruit d’un contact amoureux avec la peinture des maîtres vénitiens ou de la musique autrichienne, qui prennent l’allure d’un accomplissement.

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Le besoin enfin de composer des images, librement un phrasé ou une prose s’accompagne dans le même moment du plaisir de les faire se rencontrer ; le voyageur d’hiver, le promeneur de la Harz et comme entre les lignes, les accords feutrés des cycles de lieds qui ponctuent l'intervalle d’une lecture.

Les livres se font échos et se répondent, reprenant leurs thèmes fondamentaux.

vendredi 28 décembre 2007


L’étendue visible très loin, de plus en plus immatérielle à mesure, de plus en plus ciel ou nuage, par lente progression – comme d’une musique decrescendo – vers le silence du lointain. Repos de ces es-paces, de ces terres, de ces verdures – sous le ciel qui souffle puis-samment.

A huit heures, marchant dans les taillis, j’ai levé, à deux pas, un engoulevent gris acier, aux ailes pareilles à des lames ; il s’est envolé sans un cri, presque sans bruit aucun.


Philippe Jaccottet, Autres journées, édition Fata Morgana, 1987, incipit.

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Sviatoslav Richter lorsqu'il interprète Chopin.


Trouvée sur le Net cette étude op.25 n°.11.

mercredi 26 décembre 2007

L’ivoire aussi du corps sous les mâchoires. Sa dent olivâtre, douce à la langue comme une corneille aux champs de Van Gogh.

Vague intuition d’un sens pressenti dans l’émotion de la rencontre et qu’il m’importe de mieux connaître.

mardi 25 décembre 2007

dimanche 23 décembre 2007

J'ai fait ce rêve étrange, d'un vieil homme qui perd la vue et me raccompagne jusqu'à l'aéroport. Conversation dans un salon indien la veille. Il m'en reste un souvenir ému.

[...]

Mort de Julien Gracq.

mardi 4 septembre 2007


Entre deux cours à préparer, quelques clichés de Baroda. Un coin de verdure devant la Guest House, où je suis hébergée pour l'instant. Puis l'Université.


Et la vue des bidonvilles hier, des images qui resteront sur mon disc dur. Le sentiment, de plus en plus vif, que je ne suis pas là pour ça.

vendredi 24 août 2007











Sergey me demandait hier à quoi ressemble l'Inde.











Rapidement donc, les premières photos de Delhi.

samedi 18 août 2007

Premier post sur ce blog, depuis mon arrivee en Inde. Il faut commencer par s'habituer au clavier qwerty dans un cyber, pas tres loin de Pratapgunj.

Installation provisoire sur le campus egalement, en attendant de pouvoir installer une connexion chez moi et utiliser mon propre ordinateur. Des photos bientot, j'espere [sic].

samedi 14 juillet 2007

Au fil profond du sommeil de la trace de l’oubli de la pierre, du souffle et du pli. Les buissons. Et les herbes folles.

L’image persiste sur la rétine. Cela ne fait qu'effleurer. Il y a la plaine rompue par quelques collines là-bas de part en part.

[...]

Si cette nuit est autre que la nuit. Voir, mais quoi sinon qui s’obscurcit. Désirer, sinon qui meurt. Saisir, sinon s’échappe.

samedi 7 juillet 2007

Train lundi pour Mulhouse
Passeport à Cernay
Visa à Paris
Vol pour New Delhi

Dernières visites à l'Opéra ce week-end. Le souvenir des Léger ou Matisse qu'on sortait quelquefois des réserves, à la Bmo.

Le souvenir aussi de cette petite cours arborée avec l'atelier au fond, d’un vieil homme qui répare des orgues de barbarie.

mercredi 4 juillet 2007

A l’arrivée à Truinas, tout le paysage était saupoudré de blanc, l’air froid, les chemins boueux ; de sorte que cette phrase sur laquelle j’avais prévu d’ouvrir et de refermer mon propos, cette « tempête de neige » qui n’était encore dans mon esprit qu’une métaphore, j’allais devoir la modifier [...]

bleu
en petites neiges sur les orangers

où l’on pressent
l’embrasement de l’if et du vert

[en ital.] Philippe Jaccottet, Truinas, le 21 avril 2001, éd. La Dogana, 2004, p. 10

lundi 2 juillet 2007

Des photos et des passeports toujours. Quelques fautes (trop) vite corrigées. L’envie malgré tout d’aller marcher une heure ou deux dans Paris.
Elle devenait arbre et lui tendait les bras : je mesurais maintenant l’indescriptible saveur du papier griffé que j’avais trouvé sur ton bureau, dans le bazar inhabituel des plumes, des pages.

Elle devenait ombre au soleil et lui tendait les bras : je commençais à me demander si l’enchantement de midi ce dimanche, l’entente des chemins couverts qui se répondent, dénoueraient l’impasse.

Par la porte comment dire quand on l’a passée trop vite, l’argile humide de ses gonds - absente ?
Mishima ou la vision du vide - le souvenir également des lectures adolescentes, Marguerite Yourcenar.

dimanche 1 juillet 2007

[...] Blanche avait emporté avec elle, humide au matin comme une bouche, la complicité ténue de nos entrevues, et loin des vivants, je me blessais les yeux. C'était bien, je pouvais me le dire, un cocon dépouillé qui m’enveloppait au fur et à mesure.

De la main, gauche je cherchais à le briser. Le plus délicatement possible. Sentant qu’au seuil de la maison, il neigeait de plus belle. Que par mille petites cheminées calmes s’insinuaient jusque sur l’oreiller, ce que je ne savais plus nommer que par des noms d’orage et d’incendie.
[...] Vides très vite, les heures creuses de la nuit. Elles couvrent de confusion le silence profond des marteaux. Fixement. Sans maître. Sensiblement.

jeudi 28 juin 2007


Par la fenêtre, le jardin parmi les arbres. Ils portent encore leurs fruits de bure, givrés légèrement. Et le ciel par où l’yeuse, plus loin, s’approche au plus près des neiges.


Je n’ai jamais pensé qu’un poème puisse rencontrer quelque part, le silence de Blanche. Elle n’aimait pas ses formats, sa facture. Ses brisures non plus. Ni même sa voix, à elle. Rien qui ne respire, ni ne heurte assez, n’insiste tant, que l’instrument. Celui auquel nos mains s’accordaient quelquefois. Là où précisément l’attente talonne le presque, le tout et le rien qu’elle préférait au presque tout du poème.

[...]

Sur la table, posé, le presse-papier. Sous le presse papier, la feuille que je venais de découper. Je lisais et découvrais Blanche pour la toute première fois. Sans poids. Dans la proximité des mots.

mercredi 27 juin 2007

[...] Le hasard sans doute a voulu cette justesse d’expansion qui communique au travers des âges le décor des origines, des livres anciens.

Lentement, la toile qu’on avait étalée sur le visage de Blanche, je l’écartais. Il n’y avait plus devant moi, que deux petites filles. L’été dernier, et ceux qui avaient précédé. Ceux d’avant. Je trébuchais au bord de la pelouse, dans les cendres en pincées, lyrique. L’appareillage restait substantiel. Personne. Toi-rien, puis toi exactement.

mardi 26 juin 2007

Là où la buée des larmes du poète rencontre indirectement - mais pas de manière irréversible, puisque le voile peut-être levé - les déchirements du bois brisé de pluie, prélude un référent mental. Il trace l’horizon d’un monde tenu à distance et rendu visible, par le biais de la toile.

[...] c’est une chose, surtout, qui rend sensible une distance, qui jalonne l’étendue ; et il apparaît que cette distance, loin d’être cruelle, exalte et comble.

« Oiseaux invisibles » de Ph. Jaccottet, dans Paysages avec figures absentes, Paris, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, p. 74.
[... à Sylviane Dupuis]

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Le Sacre du printemps, Igor Stravinsky.
Chorégraphie de Pina Bausch.

lundi 25 juin 2007

Mémoire, infatigable mémoire qui multiplie ses leurres avec un art retors, mémoire turbulente comme un enfant qui court de chambre en chambre et que la main ne peut retenir.

Il ne trouve aplomb que sur son propre vide, ignorant vers où va ce chemin qu'il reconnaît parfois curieusement à des traces qui ne sont pas les siennes, ne sachant pas davantage pourquoi il s'y est engagé avec tant de présomption, si même à le poursuivre obstinément il n'aura aucune chance de déboucher sur le lieu encore insoupçonné de sa destination.

Trajet aveugle qui l'exalte, qui l'exaspère comme la lecture d'un récit dont l'auteur eût été conduit à différer sans cesse le dénouement. S'il s'achemine vers un but inconnu auquel il ne devra jamais toucher, quelle force mystérieuse l'empêche d'y renoncer ? Une sorte de courage ou une sorte de lâcheté ?

[...] Non pas cela fut. Cela est, qui ne demandait qu'un peu de temps et l'abandon au courant de la langue pour refaire surface.

Louis-René des Forêts, Ostinato, Paris, édition Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1997, pp. 133-135.

Biblothèque-Musée. 16h30. Jeudi dernier.

dimanche 24 juin 2007

Dimanche après-midi passé en compagnie d'Enza Palamara. Nous évoquons les ouvrages acquis sur le Marché de la Poésie, la Revue Nu(e), mon départ pour l'Inde, l'Université, les copies qu'elle doit encore corriger ...
Place Saint-Sulpice samedi après-midi. Pierre Oster n'est déjà plus là. Je prends et donne des nouvelles, retrouve Jean-François Manier avec le sourire, devant les éditions Cheyne.

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UFR d'Etudes Slaves vendredi après-midi. « Scherzando » a reçu le Prix Henri Durand et paraîtra dans les Cahiers Slaves aux côtés de trois autres nouvelles.

Nous sommes trois également à rester et évoquer nos goûts en matière de lectures. L'un, le premier, détonne un peu sur tous les autres. Plus âgé, il lit Flaubert, Dantec, Bukowski - déteste Balzac ou Giono - connaît l'Inde, l'Iran et la Turquie. L'autre est plus jeune, part pour enseigner le français à Astrakhan, fasciné par le monde russe. Nous échangeons nos adresses mail.

vendredi 22 juin 2007

Busson, avant de fermer les yeux

Un escargot
une corne courte l'autre longue -
qu'est-ce qui le trouble

Roger Munnier également

jeudi 21 juin 2007

Issa, pendant la pause déjeuner

Quand est-il venu
si près de moi
cet escargot ?


Sous la lune du soir
il est nu jusqu'à la taille
l'escargot

Traduction de Roger Munnier

mercredi 20 juin 2007

Garnier. Plusieurs représentations mélangées de Daphnis et Chloé, dans un même lot de photographies à traiter, aujourd’hui.

Pêle-mêle, Georges Skibine et Claude Bessy en 1959, une autre distribution où figurent Claude Bessy et Attilio Labis cette fois - que je dois m’efforcer de dater plus exactement -, puis encore Attilio Labis mais accompagné de Christiane Vlassi, son épouse, sur une seule et unique planche-contact qui ne facilite pas leur identification.

Ce sont au total 17 planches NB, 64 positifs NB et 32 pochettes de négatifs à trier, réorganiser, compter, et dont il faudra prendre les mesures. Même fouillis dans les lots qui concernent Giselle et le Lac des cygnes.

lundi 18 juin 2007

Il y avait exposées au Musée des Lettres et Manuscrits cet après-midi, des correspondances - billets ou télégrammes - que je parcourais avec curiosité, ferveur ou amusement, accompagnée d’un ami.

Qui devinera jamais le bonheur éprouvé, à trouver dans sa boîte les réponses aux questions que l’on se posait, depuis une semaine - peut-être deux - avec bonté et simplicité ? Ce petit bonheur hier ...

Il arrive alors que rompue de fatigue, comme ce soir, je finisse par me demander pourquoi, simplement - pourquoi cette écriture plus qu’aucune autre ? Et de me rendre compte, assez égoïstement, que je pourrai la savourer demain matin, ou peut-être bien la semaine prochaine, ou celle d’après, en rouvrant les tiroirs de mon bureau.

vendredi 15 juin 2007

Après le passeport, le visa ; puis billet d'avion pour New Delhi. Installation à Baroda/Vadodara, les 3 ou 4 août prochain.

jeudi 14 juin 2007

Ph. Jaccottet dans « l'Ignorant », Poésie 1946-67

« Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
que sur la faute et la beauté des bois en cendres... »

mardi 12 juin 2007

Kamo no Shigemasa, vers 1220

[…]
Au pied de la montagne couronnée de nuages
Je vous attendrai


Shin Kok. XII ; 1130

lundi 11 juin 2007


Vers six heures, l’hiver, volontiers je descends l’avenue à gauche, par les jardins, et je me cogne à des chaises, à des buissons, parce qu’un ciel incompréhensible comme l’amour qui s’approche aspire tous mes yeux. Sa couleur à peu près éteinte n’est pas définissable : un turquoise très sombre, peut-être, l’intense condensation d’une lumière qui échappe au visible et devient le brûlant-glacé de l’âme qu’elle envahit. Sur des lacs filent sans aucun bruit les convois de nuages, sans aucun bruit. La foudre surprendrait moins que cette explosion de silence qui ne finit plus.

Ce souvenir - Réda, « Le pied furtif de l’hérétique » dans Les Ruines de Paris ...


[...] ; partout des branches pour célébrer ce feu sourd de la nuit : en subdivisions c’est l’obscur s’arrachant par la masse des arbres qui chante, qui veut s’y perdre, mais qui bute à ses fines pointes et casse dans l’aigu. J’ai la même voix dans la tête et la même épaisseur monotone.

Il en est certains dont les images sont d’une netteté toute particulière, comme par un trou de serrure ou comme à travers des ronds, paraissant, surgissant brusquement, comme si l’on ôtait un écran, restés longtemps endormis.

samedi 9 juin 2007

Relu le discours de Wisława Szymborska, prononcé à Stockholm en 1996, où elle explique qu'il sera difficile pour elle de parler longuement de poésie (l'imperfection étant d'autant plus facile à supporter que le discours sera court, affirme-t-elle).

Je suis touchée par certains passages (que je ne me risquerais pas à donner dans la traduction que j'ai sous les yeux), l'esprit et la légèreté railleuse dont elle fait preuve, lorsqu'elle évoque les doutes et les hésitations du poète ; des preuves d'insatisfaction quotidiennes et renouvelées, que les docteurs ès lettres finissent par collecter avec méthode, les gratifiant du statut d'oeuvre.

Les docteurs ès poésie n'existent pas, docteur en philosophie, c'est bien plus sérieux.

jeudi 7 juin 2007



bruissement de l’encre
comme on glisse hors de soi

(Photo : Nathan Heissler)

mercredi 6 juin 2007

Le souvenir d'hier — ou avant-hier. Ligne de métro. On entend sonner un téléphone portable. Des étudiants assis fument, lisent, mangent, bavardent. Je prends des notes sur ce qui me tombe sous la main en guise de lectures, articles récents, brochures, catalogues. La ram s’arrête à la station trois.

Entre deux stations, le conducteur annonce le nom de la station suivante. Je m’efforce de l’identifier. [...]
[...] Sous un ciel humide, la pluie hésite. Parapluies blancs. Pluie insistante, longue, interminable — je ne peux me souvenir que d’une manière confuse, le plus souvent, des circonstances dans lesquelles m’est venue cette image ou cette pensée,

impression, sentiment, la vision immédiate qu’on nommera si l’on veut poésie. Le temps d’un battement de paupière.

lundi 4 juin 2007

La poésie - dans cette faculté de déplacer l’accent, de transformer les évaluations habituelles, pour retrouver leurs fondements véridiques. Comme un geste, qui ne décrivant plus traverse l’extérieur, la carapace apparemment solide et stable des choses, permettant une révélation là où semble s’imposer à l’origine une opacité, une ambivalence.

samedi 2 juin 2007



Les premières lueurs du jour sur Paris. IXème arrondissement.

vendredi 1 juin 2007

Dans « Paris à l’aube », un poème extrait du recueil de proses Liberté Grande, Gracq compare le lever du soleil sur la capitale au réveil d’une femme lascive.

Le motif apparaissait dans « Villes hanséatiques » déjà qui décrivait l'« éveil d’une jeune beauté couchée sur le gazon près d’une ville, devant l’étincellement de l’eau et la paresse de dix heures […] ». Il transpose celui de la nymphe surprise dans son sommeil qu’un « œil sacrilège [… glissant ] à travers la nudité grelottante d’une aube dans les rues de Paris », vient surprendre :

Dans ces échafaudages machinés, ce labyrinthe de pistes luisantes, ces entassements de colonnes, le matin, comme un flot qui se retire, décèle à un troublant manque de réponse ce caractère de provocation pure à une activité incompréhensible qui demeure à une capitale aussi secret, aussi essentiel qu’à une femme la nudité.

Plus loin

[…] Une grêle rude de caresses s’apprête à fondre sur cette vacance amoureuse : le labyrinthe béant d’un ventre endormi et découvert féminise la ville, […] communique à la flânerie matinale le caractère absorbant et coupable de la possession […]

l’évocation enfin, s’achève sur

[…un] corps géant [qui] s’est dépris une fois de plus d’un coup de reins dédaigneux de tout ce qui le manie, comme une divinité aux yeux vides et bleuâtres qui se recouche, à nouveau déserte, pour peser sur l’horizon d’un poids pur.

jeudi 31 mai 2007

mardi 29 mai 2007

Ce qui semble unir Marguerite de Valois, Pierre de l’Estoile et Montaigne ; l’existence d’une écriture seconde qui nécessiterait une certaine forme de réclusion, le recule favorable peut-être à l’expression de l’intimité.


La tentation du voyage chez Montaigne pourtant, est grande. Il avait rêvé de voyager plus, de visiter la Pologne et Constantinople notamment, mais il n’a pas eu l’occasion de réaliser ce rêve. Il y a chez lui une véritable frustration du voyage qu’il comble par ses lectures, un déplacement horizontal qui n’est jamais dissociable d’une dimension verticale de l’art, susceptible de transcender la vie, via l’écriture-lecture.


L’implication de l’essayiste devient plus importante. Exagium désigne la balance : le projet de Montaigne, c’est de s’emparer du savoir des anciens, de le peser, d’en évaluer la pertinence du propos. La vérité éclate dans le jeu de la balance, mouvement constant, susceptible d’amélioration.

Arrivé à Rome, Montaigne va se mettre à écrire. Il se produit en lui la prise de conscience subite de l’Essai antérieur, qui ensuite provoque une mise en abîme de l’écriture du moi. Trois types d’écrits s’articulent, l’Essai antérieur, ce que Montaigne relate et ce qu’un secrétaire relate pour lui. C’est dans cette pluralité de points de vue, ce jeu multiple des facettes, que se structure l’écriture du moi.

Il s’agit comme pour Pierre de l’Etoile d’une écriture au jour le jour. Mais la relation à l’espace y joue un rôle central, participe à la structuration du moi. Le Journal prend l’aspect d’un guide touristique, d’un instantanée qui retranscrirait un moment donné dans un espace donné. La description toponymique des différents endroits traversés y figure de manière précise.

S’il s’agit d’isoler une thématique cependant ou un sujet de questionnement, ce serait la mort placée au fronton du texte qui commence avec l’évocation d’un ami blessé ; la visite d’une abbaye donne alors lieu à une description précise des ossements et des tombes que Montaigne a pu y observer, trahissant sa hantise d’être enterré en terre étrangère.

vendredi 25 mai 2007

Passeport, convention et autres formalités administratives. Faire le tour des bureaux et règler tout ça aujourd'hui, dans la mesure du possible. Séjour à New Delhi le 29 juillet prochain.

jeudi 24 mai 2007



Jiri Kylian's Black And White Ballets : Nederlands Theater (1997)

Un extrait de "Falling Angels" (1986) ; chorégraphie de Jiri Kylian, musique de Steeve Reich.

La pensée s’obstine sur l’image remémorée du tableau, « ce Paysage avec la chute d’Icare, de Breughel, où le laboureur est si proche et le héros presque indiscernable ; et j’ai cru voir commencer maintenant une nouvelle ère du regard […] » explique le poète – le partitif apparaissant en exergue, et l’attribution à Breughel, presque secondaire.

Le dépouillement se fait alors petit à petit, « j’ai pensé pour finir […] » suscitant le retour de la pensée sur ses propres traces. On percevra d’autant plus aisément l’axe de symétrie, le lieu central, par rapport auquel les deux parties du tableau s’organisent en miroir.

C’est autour du silence que le tableau trouve sa stabilité : l’énergie de l’évocation multipliant les figures d’opposition, en commençant par l’apparition, dans le singulier de la solitude concrète si l'on veut, du corps chu auquel personne ne prête attention.

Paysages avec Figures absentes, Ph. Jaccottet, Paris, Gallimard, 1997, p. 34.

mardi 22 mai 2007

Journal de la courtisane et poétesse Izumi, qui a en partie inspiré son livret au compositeur de Da gelo a gelo entendu hier soir à Garnier.


[...] VOIX D’IZUMI
Je me rappelle le parfum

sur la ramille je préférerais
entendre le coucou

(Le Prince lit)

(il écrit la réponse. Au Page :)
PRINCE – Ne le dis à personne, on croirait que je suis
amoureux

(Izumi la reçoit sans répondre) [...]

--
Un échange déclamé ou quelquefois chanté des messages et des lettres, que s'adressent les deux protagonistes. Ils évoluent sur une scène dépouillée où l'éclairage, pour beaucoup, matérialise l'espace du Prince et alternativement, celui de la courtisane, sphères d'écoute ou de lecture de l'échange amoureux.

Le spectacle n'est pas facile d'accès. Il faut y entrer progressivement. Certains spectateurs pendant la générale, ont préféré quitter la salle ; je suis restée. L'accueil partagé de Robyn Orlin et de L'Allegro, il penseroso ed il moderato début mai, me laisse penser qu'il sera difficile également d'imposer cette production.
--

Création co-commande du Festival de Schwetzingen et de l'Opéra National de Paris. En langue italienne.

Izumi, cortigiana Anna Radziejewska
La nutrice del principe, la cameriera di Izumi Cornelia Oncioiu
Il paggio di Izumi Felix Uehlein
Il paggio del principe Michael Hofmeister
Il principe Otto Katzameier

Direction musicale Tito Ceccherini
Mise en scène Trisha Brown
Décors Daniel Jeanneteau
Costumes Elizabeth Cannon
Lumières Jennifer Tipton

dimanche 20 mai 2007


Amusée par les adaptations cinématographiques du Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux, que j’ai pu trouver tout récemment.



On pense et on repense l’édifice de manière complètement anachronique, en lui prêtant des airs baroques et parfaitement dramatiques qui ne correspondent en rien à son architecture, italianisante certes et quelques fois même renaissante d'inspiration, mais particulièrement moderne aussi pour l’époque (inauguration du bâtiment en janvier 1875), où le stuc et les marbres du foyer, de l’avant-foyer et de l’escalier, occultent encore ces fameuses structures de fer que l’on finira par exhiber, avec la Tour Eiffel notamment, dès 1889.


C’est dans les combles situés au-dessus de la coupole Lenepveu, où l'on a fini par aménager des salles de répétitions, qu'il faut aller pour s’en convaincre.


On est plus proche ici des innovations techniques, métalliques, du début du siècle, que des constructions en bois qui constituaient ces grandes scènes lyriques, sujettes aux incendies, dont se sont plus ou moins inspirés Dario Argento ou Joel Schumacher, en 1998 et 2004.

Le plus déroutant dans ces fictions, ces galeries comme des grottes, inondées, qu’on imagine parcourir les sous-sols du bâtiment. Rien de tel. De simple cuves d’eau, anguleuses, où évoluent quelques poissons blafards.

samedi 19 mai 2007

Cette mélodie en tête depuis ce matin

Ani na wody, ani na lasy, ale po wsystkie / Czasy pod twym okienkiem i tylko dla ciebie / Gdybym w słoneczko mogła zmienić siebie [...]

dans l’autrefois sans fin de l’enfance ou bien l’ailleurs de la maison natale

Frederik Chopin, Życzenie, op. 74 no 1, sur des paroles de Stefan Witwicki

jeudi 17 mai 2007

Opéra Garnier | Bibliothèque-Musée


Un lot de photographies de Roger Pic datées de mai 61, particulièrement intéressant, que je traite ce matin.


Soloviev, Kolpakova, Semenov, la troupe du Kirov au grand complet, à Garnier en mai 1961, au moment où Noureev décide de rester en France alors qu'on s'apprête à le ramener à l'Est.

Dans les archives, je trouve un dossier d'artiste relativement épais à son sujet. On y évoque l'épisode du Bourget, de l'aéroport.

Peu d'articles en définitive sur le jeune homme qui a très certainement dansé dans la Belle au bois dormant également, le 17 mai de cette même année, ce qu'on m'indique dans un numéro de L'avant-scène Ballet Danse consacré à Noureev, que je consulte. Reprendre ce lot un peu plus tard.

mardi 15 mai 2007


[...] Le hasard sans doute a voulu cette justesse d’expansion qui communique au travers des âges le décor des origines, des livres anciens. Lentement, la toile qu’on avait étalée sur le visage de Blanche, je l’écartais. Il n’y avait plus devant moi, que deux petites filles. L’été dernier, et ceux qui avaient précédé. Ceux d’avant. Je trébuchais au bord de la pelouse, dans les cendres en pincées, lyrique. L’appareillage restait substantiel. Personne. Toi-rien, puis toi exactement. [...]


« Sur l’arbre de Judée », Cahiers slaves, Paris IV – Sorbonne, 2005, Hors série n°7, pp. 143-148.

(Photo : Nathan Heissler).

samedi 12 mai 2007

chemin brûlé
d’ortie safran sur les mains

--



froissement du bleu
des ronces ample ajouré l’odeur

est forte d’origan derrière le volet
parce que la nuit finit



en immenses nids de guêpes
sur le désert ingrat

jeudi 10 mai 2007

oublie et n’oublie pas
la nuit l’abîme à dire

--



grenades frénétiques dénuées de sens
sous la caresse

allant l’air
et la sarabande



grave sourde intense
aux terres nues brûlées

dimanche 6 mai 2007

Une conversation surprise dans le métro entre une enseignante en communication et deux jeunes femmes, des étudiantes, sur les attachés de presse, l'information, le pouvoir et les média. J'ai appris à vingt heures qu'on avait élu Monsieur Sarkozy.

Je n'ai pas spécialement envie de lire la presse ce soir. Nous n'avons pas non plus évoqué tel ou telle autre candidat avec l'enseignante chez qui j'ai passé l'après-midi. On connait les positions de Monsieur Sarkozy dont on ignore, sur la durée, jusqu'où il pourra les tenir.

samedi 5 mai 2007

Trouvé sur le Web, Minilogue - Hitchhiker's choice, cette animation de Kristofer Ström...




Naissance le 5 mai 1818, du philosophe et économiste Karl Heinrich Marx, à Trèves en Rhénanie (région d'Allemagne). Mort de Napoléon Bonaparte un 5 mai de l'année 1821.

31 ans cette année.

vendredi 4 mai 2007


Ecouter en ligne trois textes d'Anne Parian, glanés dans Poésie sur écoute - épisode 68 de Pierre Ménard (oui ... on pense à Jorge Luis Borges, le poète argentin n'est-ce pas ?) :

et télécharger le fichier : Clic droit sur le lien / Enregistrer sous... 

Téléchargement >> [mp3 : 12,8 Mo] Il s'agit des trois textes d'Anne Parian que je découvre ici, enregistrée au Centre international de poésie de Marseille

« A moi, singe, partout » : Texte d'Anne Parian.« Les Archipéliens » : Une lecture d'Éric Audinet, Jean-Marc Baillieu et Anne Parian.« Cher g. » : Texte inédit paru (et revu) depuis chez Contrat Maint sous le titre « Untel », en 2005.

mardi 1 mai 2007


L'Heure creuse. Le charme de Beaubourg ce matin, sur les coups de sept heures, comme une grande Cité morte où l'on ne croiserait plus personne.

lundi 30 avril 2007

Mort de Rostropovitch

Disparition du chef d'orchestre et violoncelliste, vendredi dernier.

Sur les écrans ce week-end, des images nombreuses de l'homme affaibli qui venait de fêter ses 80 ans - il est méconnaissable - celles du mur de Berlin bien évidemment, qui s'effondre derrière lui sur une Suite de Bach.

Je relis cette page du New York Times trouvée sur le Net, où je peux observer sa photo et repense à Chostakovitch, Prokofiev, Oïstrakh, Richter. Un XXème siècle que la mort du violoncelliste semble venir sceller, de manière définitive maintenant. Quelque chose d'irrémédiable là-dedans. Photo, Reuters

Différentes sensations éprouvées conjointement - écouté Sviatoslav Richter au piano. L'op 25, n°11 de Chopin.