Livres d'artistes / Actualité poétique

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En collaboration avec des plasticiens, livres d'artistes avec Laurence JEANNEST (2010) - André JOLIVET (2012) - Véronique DUFLOT (2013)

vendredi 29 juin 2012

#Reading - N - Eric Pessan

Le plus difficile n'est ni l'hiver, ni les sols gelés, ni la faim ou la crainte des maladies, ni les diarrhées brusques, les vomissements avec la certitude d'avoir mangé la mauvaise baie, d'avoir gobé le mauvais champignon, la peur alors que cela ne s'arrêtera jamais, que le corps se videra de toute sa matière avant de se vider de son eau et - pour finir - de son dernier souffle. Non. Le plus difficile est l'abandon de la parole. Les conversations lentement pétrifiées. 

La gangrène des phrases tuées avant même d'être articulées. Au fil des années, j'ai appris à ne plus parler avec mon père. Le silence, je n'essaie plus de le rompre. Nos conversations ont pourri, il n'en demeure plus que le squelette d'un mot unique.

Je n'ai aucun souvenir de mon père calme. La colère se tapit derrière chacun de ses gestes. Il arrive à la maintenir à distance, sauf dans son regard invariablement furieux.

Ici. Bois. Mange. Dors. Pas bon. Bon. Laisse. Attention. Chut. Des années dans l'écho de quelques syllabes. Des mots directs, sans double fond, des mots qui veulent simplement dire ce qu'ils disent. Des mots sans poésie, sans arrière-pensée. Des mots-machines à l'utilité bien huilée.  [...]



Eric Pessan, N, avec des photographies de Mikaël Lafontan, éd. Les Inaperçus, 2012, p. 7-8.


jeudi 28 juin 2012

#Reading - Les cercles mémoriaux 1/2 - David Collin

12. [...] L'équipage du side-car s'arrêta en chemin pour s'initier à la paléontologie. Roy Chapman Andrews avait découvert les gisements du site de Bayanzag en 1922. Des squelettes complets. Des cascades de découvertes. 
Shen-li connaissait les lieux de puis son enfance. Son père l'emmenait aux pieds des falaises ocre lui montrer les étranges fragments de roches qui ressemblaient à des os de dinosaures. On avait même retrouvé des oeufs fossilisés. Mais tout ce qui brille...
Pour distinguer les os des pierres, lui répétait son père, rien de tel que l'art subtile de la dégustation paléolithique.
- ... et pour être certain qu'il s'agit d'un dinosaure, continua Shen-li en s'adressant à Elias, pose ta langue sur les fragments, gratte un peu, prends cette fine poudre blanche entre tes doigts, lèche-en un soupçon avec le bout de ta langue. Si c'est très fort, continua Shen-li, si ça pique et aspire ton palais, tu ne peux pas te tromper, c'est un fragment de dinosaure. 
Photo n° 7 - Note de Shen-li

Vue de biais. Diagonale coupant le ciel en deux. Les flancs escarpés du relief de Bayanzag. Terre rouge. En contraste au second plan, le corps gris d'Elias torse nu, à contre-jour, qui escalade la pente à la recherche du Graal. Nuage de poussière à ses pieds, effort marqué dans le mouvement des jambes et dans le balancement des bras. Tension dans les gestes.
Après quelques minutes d'exploration, un grand cri retentit au sommet des falaises, puis revint mourir en échos lointains. Elias avait fait une découverte d'importance. Shen-li longea la crête en courant. Elle glissa à plusieurs reprises le long du chemin escarpé en essayant de sortir son appareil le long du chemin escarpé en essayant de sortir son appareil photo de son etui, et manqua de peu dévaler les pentes raides. Quand elle parvint enfin à la hauteur d'Elias, il dégageait délicatement avec la pointe de son couteau, une mâchoire intacte de petit mammifère.

Pour déterminer son échelle sur la photographie qu'allait prendre Shen-li, Elias avait placé un crayon à côté du petit tas d'os fixé dans la roche. Cette façon de procéder était si professionnelle qu'il était impensable que ce fût la première fois qu'il accomplissait un tel geste. Ce n'était pas sa première fouille. La délicatesse même du geste, la précision des mesures, tout indiquait un savoir-faire évident. [...]

David CollinLes cercles mémoriaux, roman, L'Escampette Editions, 2012, p. 69-70.

lundi 25 juin 2012

#Listening - Elsa Grether playing Serge Prokofiev 1/3

#Reading - Les cercles mémoriaux 2/2 - David Collin


14. Elle ressassait les paradoxes de l'oubli, les contraintes d'une mémoire avortée qui l'obligeait à se détourner du passé pour mieux progresser. Il dessinait les lieux rêvés et ceux réellement visités. Il tentait d'en faire le récit le plus complet qui soit, alors que Shen-li, appareil en main, poursuivait sa documentation du présent. Depuis leur rencontre, ils s'étaient projetés dans deux espace-temps distincts, séparés par une frontière invisible, par un mur de silence. Ils voyaient tous les deux le même paysage, mais Elias superposait les images du passé et celles du présent. Et souvent, ne voyait rien.
Photo n°10 - Note de Shen-li
 Carcasse de moto au milieu des ruines. Montagnes brunes au loin, terre ocre, murs en briques de terre défoncées, tuiles d'un ancien toit au sol, bidons rouillés. Tel un insecte aux tons mêlés de vert, bleu et jaune, le squelette d'une moto abandonnée ; seule vraies couleurs au milieu de ce paysage monotone en dégradés de bruns.
Au petit matin, le groupe reprit ses déambulations dans les ruines de l'Ongiyn Khiid. Oretti guidait, commentait ses relevés topographiques. A ses propres commentaires, il ajoutait mille anecdotes qu'il enjolivait en progressant dans les débris. Mais les détails étaient si nombreux qu'on perdait de vue l'essentiel. Oretti s'égarait. Et à mesure qu'il décomposait le paysage en une infinité de fragments, les auditeurs le voyaient disparaître. Il n'était plus qu'une mosaïque informe. Mais dans ce flux ininterrompu de paroles vaines, Oretti avait prononcé très distinctement deux syllabes d'un mot magique. un mot qu'Elias n'avait pas retenu dans l'instant, mais dont il saisissait maintenant le caractère insolite, pour ne pas dire hors de propos. "Tango". Il avait simplement dit "Tango". Comme si ce mot avait quelque chose à voir avec Gobi, avec cette vallée que traverseraient bientôt des cohortes de somnambules. [...]
A son tour, Elias ferma les yeux. Et il se réveilla presque instantanément au milieu des ruines. En surface. A cent mètres du campement.
Entre l'instant flou où je plongeais dans le sommeil et celui très précis où j'ouvrais les yeux, j'eus la sensation de rêver encore longtemps. Alors qu'une seule seconde avait paru s'écouler depuis mon évanouissement.Je sentais les corps mous des somnambules se frotter contre moi, j'entendais les gémissements d'une ultime communion sensuelle. Nous étions tous revenus en position foetale. Retournés dans le ventre de notre mère. Enterrés. Un seul corps, un seul tombeau. Tous frères. Ce n'était pas la sensualité d'une quelconque proximité des corps qui importait. C'était plutôt celle d'un nouveau départ, d'une nouvelle fraternité. Renaître dans la nuit, ressurgir de l'antre sépulcral. Ensemble.Après avoir succombé à l'assouplissement collectif, après avoir atteint le point extatique d'une libération de soir, une angoisse terrible me serra la gorge. Et si j'étais condamné à rester là pour l'éternité ? Et si j'avais été enterré vivant malgré moi, sacrifié aux démons souterrains ? C'est là que j'ouvris les yeux, en inspirant vivement comme si je manquais d'air.La nuit était aussi noire que sous la terre. Une brise fraîche soufflait sur moi. Je devinais les ombres des montagnes, la dureté des roches sur lesquelles j'étais couché, je transperçais le noir de la nuit en me concentrant sur le lointain. Je voyais en deçà de l'obscurité. J'étais revenu dans le monde des vivants. [...]
David CollinLes cercles mémoriaux, roman, L'Escampette Editions, 2012, p. 85-92.

dimanche 10 juin 2012

Lex-ICON: Series of readings with walks

At The Book Corner (Mulhouse)

with the following authors George Vance, Susana Gardner, Chris Pusateri, Michelle Naka Pierce, Pansy Maurer Alvarez, Lars Palm, Dylan Harris, Jacob Bromberg, Tony Jolley, Andrew Shields, Barbara Beck, Sarah Larivière, Déborah Heissler, Jennifer K Dick, Démosthène Agrafiotis, Nina Karacosta, Maria Damon, Anne Talvaz, Kate Van Houten 
and Estepa, Corrupt, Cheyne, Le Clou dans le Fer, Dusie Versal, Upstairs at Duroc and The White Review