Livres d'artistes / Actualité poétique
- Deborah Heissler
- En collaboration avec des plasticiens, livres d'artistes avec Laurence JEANNEST (2010) - André JOLIVET (2012) - Véronique DUFLOT (2013)
mardi 29 mai 2012
Remise du Prix Louis Guillaume
lundi 14 mai 2012
A paraître
Livre d'artiste à paraître pour la mi-juin 2012. "Viennent / en silence", texte de Déborah Heissler, peintures, encres de chine André Jolivet, 9 exemplaires dans un format de 27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd. 950,00 €.
mardi 8 mai 2012
Silence C'est d'abord un nuage d'abricotiers en fleurs, jaunes ou ivoire, comme mille petits papillons mêlés à l'herbe fraîche, mobiles, dans la lueur des lampes quand la nuit monte. Fragments de rêves. On voit le soleil rouge descendre sur le feuillage, comme une énorme masse d'acier incandescent.
Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et de tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus - défi de soie peut-être bien, ou de cuir craquelé.
Tout était devenu chant. La courbe du chemin sous les nuages ici, et là les touches de terre sombre, le vert et le gris, le rose déchiré de la glaise et du gravier sous la pointe des doigts. L'accord surtout était celui de l'ombre et du gazon, feutrés, jusqu'au plus profond du ciel où frémit un battement de plumes heureuses.
Dans ces rêves aussi il y a des noyers noirs, et puis une forêt qui s'ouvre en coup de vent. Rien. Plus rien d'autre que le bruit du vent obstinément.
Lever de lune Et puis l'averse tout près qui continue d'enjamber les toits dans une tranquillité tremblante. Dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent. [...]
Lever de lune Et puis l'averse tout près qui continue d'enjamber les toits dans une tranquillité tremblante. Dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent. [...]
samedi 5 mai 2012
Lorsque le voyageur venu du sud aperçoit Kaboul, sa ceinture de peupliers, ses montagnes mauves ou fume une fine couche de neige [...] il se flatte d'être arrivé au bout du monde. Il vient au contraire d'en atteindre le centre.
Nicolas Bouvier, L'usage du monde, Librairie Droz 1963, éd. Payot 1992. Traces of time, photographie de Fabrice Nadjari et Cédric Houin.
vendredi 4 mai 2012
#vasesco - Sabine Huynh
Sabine et moi échangeons depuis plusieurs mois déjà, par mails, sur les réseaux, via Twitter ou Facebook. C'est avant tout pour moi une amie et traductrice, que j'ai eu la chance de lire déjà, d'entendre également et de rencontrer tout récemment à Paris (lors d'une rencontre-lecture avec le poète Uri Orlev en automne dernier) avec qui j'ai eu envie d'initier ces #vasesco - elle à Tel Aviv avec mes photos de Chine sur ce blog aujourd'hui et moi depuis la France avec ses photos à elle d'Israël sur son site, Presque dire. Quelqu'un que je connais tout simplement et que j'apprécie.
Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages
Les pales du ventilateur tournent, autour de l’arbre les feuilles s’agitent. Le temps brassé se laisse faire, lourd, tiraillé par les cisaillements du vent du sud.
Elle croit entendre tomber des
gouttelettes de pluie sur le souvenir. Espace transitionnel, dernier abri de sa
solitude. Ce recoin exigu et sans fenêtres, entre un mur et un mur, n’est rien
qu’à elle. Cette encoignure, sa chambre, ce cocon où elle peut encore écrire,
même si cela ne lui est plus permis.
Elle émerge de ses rêves pour tendre l'oreille, le crépitement cesse. Les pensées-cailloux, quand elles ne bourdonnent pas, trébuchent à chaque question.
Elle serre les dents et se répète qu'il ne faut pas qu'elle les sème. Les dents, les cailloux, peu importe à présent ce qui tombe d'elle comme des feuilles mortes, surtout ne rien semer. Par habitude, se retourner, ramasser, se ramasser, se rouler en boule. S’effacer dans le désir de ne pas laisser de traces. S’éteindre à défaut d’être étreinte.
Elle, c'est celle qui a disparu de la vie, dans
l'histoire, très exactement sous des nuages d'orage. C'était un jour forcément
moins beau que les autres, un jour à trous d'air enfumés. À quelle heure
exactement son envol, personne n'a su le dire.
Elle, celle que l'on cherche encore parfois dans
l’épaisseur du gris, faute d'être sûr. Au fond de la cendre s'accumulent autant
de papillons inertes que de papillons ressuscités. Au royaume des milliers de
sourires et de fleurs volantes, elle se promène les yeux fermés.
Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des
nuages. À mesurer : l’empreinte de ses pas dans le brouillard (surface et
profondeur), la vitesse de dérapage de ses pieds dans l’air chargé d’effluves,
la force et la durée de sa résistance aux flux laminaires contraires, le nombre
de résidus de son être contenus dans le ciel. Combien de particules d'elle les
cumulus portent-ils en eux, avant de les déverser sur nos yeux, nos joues ? Les
traînées de condensation sentent le frottement éperdu de ses ailes brûlées.
Après la saison sèche, la mousson, puis les trains
sont passés sous la pluie réelle ou imaginaire et l’hiver est revenu, malgré
l’été. La neige chute à travers les déchirures de la trame de l'espace-temps.
En sombrant dans le trou noir de la
mémoire collective, elle en augmente la masse informe. Avalée par les creux,
elle fait désormais partie de ces absences couleur de ciel. Cette plongée vers
le haut la libère aussi vite que la lumière se détache de l'obscurité. Elle
brille, puisqu’il fait si sombre. Joue-t-elle à cache-cache dans les nuages ?
L’air est saturé de tristesse. La bulle des
émerveillements enfantins a crevé sur la ville encore endormie. Mais la brume
peine à dissimuler les contrastes et
les zones d’ombre profondes et mordantes. Les fenêtres
dévisagent l’incompréhensible, derrière chacune d’elles, le halo de son visage.
L'appeler à s'en tuer la tête : elle ne peut
plus répondre. Sa tête à elle est pleine de ce qui ne devrait pas y être, on
confond cela à tort avec la tête dans les nuages.
Avec elle ont disparu les nuages, et
l’extinction des papillons dans certains endroits de la terre est beaucoup plus
grave qu'un mystère. Quand d'elle il ne reste plus que trop de fumée de mer et
d'oubli dans un tourbillon de feuilles trop raturées, on l'appelle l'étrangère.
Elle dont le nom est de s'évaporer, Ana Nime.
Depuis qu'elle a baissé les paupières,
Personne ne dort dans le ciel. Personne, personne.
Personne ne dort.
(Federico García Lorca, Nocturne de Brooklyn Bridge, trad. Pierre Darmengeat)
Sabine Huynh
mardi 1 mai 2012
Like a swatch of night cut out of its own cloth
Read by Sabine Huynh, Tel Aviv / April 29, 2012. Photography La paume d'un ami qui s'agit à notre rencontre by Stéphane Barbery, Kyoto / December 2011.
Inscription à :
Messages (Atom)






