« [...] On n’est pas suffisamment fatigué pour s’arrêter – et bien trop pour cesser d’y penser : alors on continue plus lourd de cette idée, et c’est encore davantage fatigué qu’on avance plus lentement, chaque pas posé comme le dernier, ou le premier – on ne sait plus.
Le matin n’a pas fini. Sur le pavé, il s’accroche encore un peu de nuit. La route s’élève et c’est tout le soir qu’on tire derrière soi, le poids qui allonge le pas. On ne sait pas si c’est de n’avoir pas dormi ou d’avoir marché depuis le lever du soleil qu’on est si fatigué. Les façades fermées des grandes rues défilent si lentement et se répètent tant que l’impression de marcher sur la ville comme sur un tapis roulant est forte, obsédante.
On a remonté la rue, on a passé par dessus l’heure, une autre se présente, qu’on sait plus haute, qu’on imagine plus lente. Le corps hissé jusque là n’a plus la force : et pourtant, l’heure suivante sera traversée aussi. [...] »
Arnaud Maisetti - 31 juillet 2009
Livres d'artistes / Actualité poétique
- Deborah Heissler
- En collaboration avec des plasticiens, livres d'artistes avec Laurence JEANNEST (2010) - André JOLIVET (2012) - Véronique DUFLOT (2013)
vendredi 31 juillet 2009
Ce matin, | Arnaud Maisetti | Journal
jeudi 30 juillet 2009
Gnossienne | Stéphane Dussel | 3
Plus rien qui ne se maintienne dans la seule description, mais la déborde plutôt, excluant tout ce qui ne serait pas motivé et animé par l’émotion ressentie, vive, à l’écoute ici de Satie ou à la vision, ailleurs, d’une étendue peuplée d’oiseaux fantasques. L’indice peut-être aussi d’une prétention non à l’exhaustivité ou à la clôture, mais au détail plutôt.
C’est bien de rêves en paysages, de lectures pénétrantes en abandons féconds et à la dérive des images que le peintre dessine, détaille, savoure, la beauté étrange d’un monde comme à la source – de toute couleur et d’un mouvement, insaisissable – où, comme dans la peinture chinoise, ce qui est évoqué s’avère sans doute plus important que ce qui aura été montré, l’essentiel demeurant ce qui n’est, ou n’a pas encore été, dit. Suggestion. Vision. Révélation. Resteront dans l’esprit ces empruntes seules, ces traces de l’écriture* sur lesquelles revenir une toute dernière fois, encore.
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* La formule est empruntée à Umberto Ecco dans Le signe [Segno, Milan, 1973], Bruxelles, Labor, collection « Biblio essais », 1988, p. 193.
lundi 20 juillet 2009
Coll. grise à paraître

Tout recommence. On marche dans une lumière nouvelle, portée au-dessus des brumes ou des fumées. Peu de nuages, sans poids, blancs eux aussi. Quelque chose qui est à la limite de l'informulé, que seuls deux ou trois mots suggèrent et qui pourtant éclate à l'esprit. Tout cela n'est que nuances, calme bruissement que l'on écoute sourdre au cœur de l'herbe nouvelle, liées aux roseaux, aux herbes hautes. Les touffes d'anémones et les primevères flambent et s'éteignent une à une, trop sombres pour qu’on parle de flammes. Pourpres ? Ce ne sont « que » des fleurs cependant.
vendredi 17 juillet 2009
"Morte saison", Nicolas Bouvier.
[…] Désormais c’est dans un autre ailleurs
qui ne dit pas son nom
dans d’autres souffles et d’autres plaines
qu’il te faudra
plus léger que boule de chardon
disparaître en silence
en retrouvant le vent des routes
Genève, 25 octobre 1997
[Le dehors et le dedans]
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