Ce qui semble unir Marguerite de Valois, Pierre de l’Estoile et Montaigne ; l’existence d’une écriture seconde qui nécessiterait une certaine forme de réclusion, le recule favorable peut-être à l’expression de l’intimité.

La tentation du voyage chez Montaigne pourtant, est grande. Il avait rêvé de voyager plus, de visiter la Pologne et Constantinople notamment, mais il n’a pas eu l’occasion de réaliser ce rêve. Il y a chez lui une véritable frustration du voyage qu’il comble par ses lectures, un déplacement horizontal qui n’est jamais dissociable d’une dimension verticale de l’art, susceptible de transcender la vie, via l’écriture-lecture.
L’implication de l’essayiste devient plus importante. Exagium désigne la balance : le projet de Montaigne, c’est de s’emparer du savoir des anciens, de le peser, d’en évaluer la pertinence du propos. La vérité éclate dans le jeu de la balance, mouvement constant, susceptible d’amélioration.
Arrivé à Rome, Montaigne va se mettre à écrire. Il se produit en lui la prise de conscience subite de l’Essai antérieur, qui ensuite provoque une mise en abîme de l’écriture du moi. Trois types d’écrits s’articulent, l’Essai antérieur, ce que Montaigne relate et ce qu’un secrétaire relate pour lui. C’est dans cette pluralité de points de vue, ce jeu multiple des facettes, que se structure l’écriture du moi.
Il s’agit comme pour Pierre de l’Etoile d’une écriture au jour le jour. Mais la relation à l’espace y joue un rôle central, participe à la structuration du moi. Le Journal prend l’aspect d’un guide touristique, d’un instantanée qui retranscrirait un moment donné dans un espace donné. La description toponymique des différents endroits traversés y figure de manière précise.
S’il s’agit d’isoler une thématique cependant ou un sujet de questionnement, ce serait la mort placée au fronton du texte qui commence avec l’évocation d’un ami blessé ; la visite d’une abbaye donne alors lieu à une description précise des ossements et des tombes que Montaigne a pu y observer, trahissant sa hantise d’être enterré en terre étrangère.


