mardi 29 mai 2012

Prix Louis Guillaume

avec Jeanine Baude

 
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, 22 mai 2012

lundi 14 mai 2012

Livre d'artiste à paraître pour la mi-juin 2012. "Viennent / en silence",  texte de Déborah Heissler,  peintures, encres de chine de André Jolivet, 9 exemplaires dans  un format  de  27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd. 950,00 €.


mardi 8 mai 2012

Silence             C'est d'abord un nuage d'abricotiers en fleurs, jaunes ou ivoires, comme mille petits papillons mêlés à l'herbe fraîche, mobiles, dans la lueur des lampes quand la nuit monte. Fragments de rêves. On voit le soleil rouge descendre sur le feuillage, comme une énorme masse d'acier incandescent.

Puis il y avait eu les arbres un peu plus loin dressant leur ossature fragile, la scabieuse de laine bleue comme un regard et de tumulte de lait dans la pierre profonde, le gémissement enfin de l'air battu d'un vol de ramiers bleus - défi de soie peut-être bien, ou de cuir craquelé.

Tout était devenu chant. La courbe du chemin sous les nuages ici, et là les touches de terre sombre, le vert et le gris, le rose déchiré de la glaise et du gravier sous la pointe des doigts. L'accord surtout était celui de l'ombre et du gazon, feutrés, jusqu'au plus profond du ciel où frémit un battement de plumes heureuses.

Dans ces rêves aussi il y a des noyers noirs, et puis une forêt qui s'ouvre en coup de vent. Rien. Plus rien d'autre que le bruit du vent obstinément.


Lever de lune     Et puis l'averse tout près qui continue d'enjamber les toits dans une tranquillité tremblante. Dans le silence, ou plus exactement dans un espace où les bruits s'éloignent et s'étagent. [...]

samedi 5 mai 2012


Lorsque le voyageur venu du sud aperçoit Kaboul, sa ceinture de peupliers, ses montagnes mauves ou fume une fine couche de neige [...] il se flatte d'être arrivé au bout du monde. Il vient au contraire d'en atteindre le centre.

Nicolas Bouvier, L'usage du monde, Librairie Droz 1963, éd. Payot 1992. Traces of time, photographie de Fabrice Nadjari et Cédric Houin.

vendredi 4 mai 2012

Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages

#Vasesco avec Sabine Huynh


Les pales du ventilateur tournent, autour de l’arbre les feuilles s’agitent. Le temps brassé se laisse faire, lourd, tiraillé par les cisaillements du vent du sud.

Elle croit entendre tomber des gouttelettes de pluie sur le souvenir. Espace transitionnel, dernier abri de sa solitude. Ce recoin exigu et sans fenêtres, entre un mur et un mur, n’est rien qu’à elle. Cette encoignure, sa chambre, ce cocon où elle peut encore écrire, même si cela ne lui est plus permis.

Elle émerge de ses rêves pour tendre l'oreille, le crépitement cesse. Les pensées-cailloux, quand elles ne bourdonnent pas, trébuchent à chaque question.

Elle serre les dents et se répète qu'il ne faut pas qu'elle les sème. Les dents, les cailloux, peu importe à présent ce qui tombe d'elle comme des feuilles mortes, surtout ne rien semer. Par habitude, se retourner, ramasser, se ramasser, se rouler en boule. S’effacer dans le désir de ne pas laisser de traces. S’éteindre à défaut d’être étreinte.

Elle, c'est celle qui a disparu de la vie, dans l'histoire, très exactement sous des nuages d'orage. C'était un jour forcément moins beau que les autres, un jour à trous d'air enfumés. À quelle heure exactement son envol, personne n'a su le dire.

Elle, celle que l'on cherche encore parfois dans l’épaisseur du gris, faute d'être sûr. Au fond de la cendre s'accumulent autant de papillons inertes que de papillons ressuscités. Au royaume des milliers de sourires et de fleurs volantes, elle se promène les yeux fermés.

Elle, Ana Nime : ses données dans les creux des nuages. À mesurer : l’empreinte de ses pas dans le brouillard (surface et profondeur), la vitesse de dérapage de ses pieds dans l’air chargé d’effluves, la force et la durée de sa résistance aux flux laminaires contraires, le nombre de résidus de son être contenus dans le ciel. Combien de particules d'elle les cumulus portent-ils en eux, avant de les déverser sur nos yeux, nos joues ? Les traînées de condensation sentent le frottement éperdu de ses ailes brûlées.

Après la saison sèche, la mousson, puis les trains sont passés sous la pluie réelle ou imaginaire et l’hiver est revenu, malgré l’été. La neige chute à travers les déchirures de la trame de l'espace-temps.

En sombrant dans le trou noir de la mémoire collective, elle en augmente la masse informe. Avalée par les creux, elle fait désormais partie de ces absences couleur de ciel. Cette plongée vers le haut la libère aussi vite que la lumière se détache de l'obscurité. Elle brille, puisqu’il fait si sombre. Joue-t-elle à cache-cache dans les nuages ?

L’air est saturé de tristesse. La bulle des émerveillements enfantins a crevé sur la ville encore endormie. Mais la brume peine à dissimuler les contrastes et les zones d’ombre profondes et mordantes. Les fenêtres dévisagent l’incompréhensible, derrière chacune d’elles, le halo de son visage.

L'appeler à s'en tuer la tête : elle ne peut plus répondre. Sa tête à elle est pleine de ce qui ne devrait pas y être, on confond cela à tort avec la tête dans les nuages.

Avec elle ont disparu les nuages, et l’extinction des papillons dans certains endroits de la terre est beaucoup plus grave qu'un mystère. Quand d'elle il ne reste plus que trop de fumée de mer et d'oubli dans un tourbillon de feuilles trop raturées, on l'appelle l'étrangère. Elle dont le nom est de s'évaporer, Ana Nime.

Depuis qu'elle a baissé les paupières,
Personne ne dort dans le ciel. Personne, personne.
Personne ne dort.
(Federico García Lorca, Nocturne de Brooklyn Bridge, trad. Pierre Darmengeat)
Sabine et moi échangeons depuis plusieurs mois déjà, par mails, sur les réseaux, via Twitter ou Facebook. C'est avant tout pour moi une amie et traductrice, que j'ai eu la chance de lire déjà, d'entendre également et de rencontrer tout récemment à Paris (lors d'une rencontre-lecture avec le poète Uri Orlev en automne dernier) avec qui j'ai eu envie d'initier ces #vasesco - elle à Tel Aviv avec mes photos de Chine sur ce blog aujourd'hui et moi depuis la France avec ses photos à elle d'Israël sur son site PRESQUE DIRE. Quelqu'un que je connais et que j'apprécie en somme.

mardi 1 mai 2012

Like a swatch of night cut out of its own cloth



Read by Sabine Huynh, Tel Aviv / April 29, 2012. Photography La paume d'un ami qui s'agit à notre rencontre by Stéphane Barbery, Kyoto / December 2011.

vendredi 27 avril 2012

                                   The amorous body                                                                                 lies on the bed

And if suddenly all was engulfed by the serene avidity of this world’s end, and I would never have to depart again, like someone who leaves a city and reaches the nearby forests. It would be like entering into this space, similar to a house, in which possibility could be imminent, and something could be ready to open and brighten up.

It just rained in torrents for a few minutes. The birds, previously colourless, now even seem to fly without shape. What happens next almost totally eludes me.

Then I resume walking and take in the trees in my sight. I remember. Since the morning of the second day I cherish the endless sound of your steps in the bedroom.

And soon came those late-afternoon shivers, followed by the golden light and the sinking shadows of the evening, each one hovering low on the horizon.

You watch, you inhale the smell of earth. The sky is clear, the clouds nearly white in the intense heat of August. All the apple trees stand there, their crowns slightly larger, and it is as if a little part of night is flowing inside the night, and a multitude of tiny flowers are opening in the dark, exuding the scent of seed and rose, like a swatch of night cut out of its own cloth.


Like a swatch of night cut out of its own cloth, Cheyne publisher, 2010, p. 16-18. (Translated into English by Sabine Huynh, Tel Aviv, April 29, 2012. Photography La paume d'un ami qui s'agit à notre rencontre by Stéphane Barbery, Kyoto / December 2011)

                                   Le corps amoureux                                                                                sur sa couche

Et si tout était d'un seul coup englouti dans la dévoration calme de ce bout du monde, et que plus jamais je n'avais besoin de partir, comme lorsqu'on sort d'une ville et qu'on atteint les premières forêts. Comme dans cet espace pareil à une maison, où quelque chose pourrait se passer peut-être bien, s'entrouvrir, s'éclairer.

Il vient de pleuvoir abondamment, pendant quelques minutes. Les oiseaux ont perdu leur forme après avoir perdu leurs couleurs. Ce qui se passe ensuite m'échappe presque entièrement.

Alors je me remets en marche et observe les arbres autour de moi. Je me souviens. J'ai aimé, dès le matin du deuxième jour la rumeur incessante de tes pas dans la chambre.

Et puis ces frissons de fin d'après-midi un peu plus tard. La lumière ensuite dorée et les ombres profondes du soir, très bas chacune au-dessus de l'horizon.

Tu regardes, tu respires la terre un instant. Le ciel est clair, les nuages presque entièrement blancs dans la chaleur du ciel d'août. Tous les pommiers sont là, leur couronne un peu plus ample, à peine, et c'est un peu de nuit qui coule dans de la nuit, une multitude de petites fleurs qui s'ouvrent dans la nuit avec une odeur de semence et de rose, comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe.


Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe, Cheyne éditeur, 2010, p. 17-18. (Traduction de Sabine Huynh, Tel Aviv, 29 avril 2012, et photographie La paume d'un ami qui s'agite à notre rencontre de Stéphane Barbery, Kyoto, décembre 2011)

jeudi 26 avril 2012

Tu es là,
contre la large paupière de mon ventre
qui cligne

Tu es là,
puisqu'une aurore se joue
d'un lent coup de doigts,
que nos mains
embuées par le travail
d'une caresse,
tissent un à un nos pores.

*

Boire à la fente tracée par ton absence
faire bander le jour
par l'aplomb d'un geste
coûte que coûte
ton souffle moulu de ma bouche
et le râle tendre de l'orgasme que je te confie le soir...


Lysiane Rakotoson, Une neige et des baisers exacts, Cheyne éditeur, 2010, p. 44-45 et Günter Ludwig, Zeichnungen (http://www.artgalerie-europe.de/).

mercredi 25 avril 2012

Alors elle s'écarte. Et lui ignorant qu'il est de son sort à elle, cesse de parler. Elle s'écarte encore un peu plus de lui. Il ignore pourquoi. Personne ne veut lui répondre. C'est tout et il n'y a rien d'autre à faire. - Ne dites rien, dit-elle, c'est inutile. 
Un orage arrive. Ils se taisent. La nuit précédente envahit alors sa mémoire à elle. Un souvenir obsédant qui lui revient d'un coup. L'horizon borne son regard sous les nuages lourds à faire ployer les arbres. Elle ne sait plus. Il est minuit et demi.

samedi 21 avril 2012

— loin l’aube les collines et l’aimée   Tu // grande ouverte / sous le pommier  / comme Tu // cent fois suave

de mes yeux à  —  /  Ta bouche  

lumière aux branches nues qui se fige  —  /  fait silence —  // comme une mesure du temps dans l’acte de connaître

Livre d'artiste à paraître pour la mi-juin 2012. "Viennent / en silence", texte de Déborah Heissler, peintures, encres de chine de André Jolivet, 9 exemplaires dans un format de 27 x 27 cm avec un coffret. Voltije Editions Ltd. 950,00 €. (en illustration page de couverture).

jeudi 12 avril 2012

A paraître courant septembre 2012, Pas d'ici, pas d'ailleurs, anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, aux éditions Voix d'encre en partenariat avec la revue en ligne Terres de Femmes (dir. Angèle Paoli). Les textes ont été réunis par Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire. Je remercie ici Sabine Huyhn de m'avoir si gentiment sollicitée l'été dernier, pour la préface.